Les habitués des festivals le savent bien : ceux durant d’un mercredi jusqu’au dimanche (Gerardmer par exemple) sont toujours victime d’une malédiction, celle du “jeudi”. Ce second jour de festival n’est ni celui d’ouverture, ni le vendredi ou samedi où, par définition, il y a plus de public, ni celui de clôture. C’est donc un jour maudit, où il y a moins de monde dans la salle et où l’organisation du festival case donc les plus mauvais films. Le PIFFF n’a pas échappé à la règle. Et si on attend vraiment la soirée du vendredi et celle du samedi avec impatience, on ne peut qu’envier ceux qui ont échappé à celle du jeudi.
Et pourtant du monde s’est déplacé, puisque à nouveau la salle était quasiment comble. En première partie de soirée était présenté le film A Lonely Place to die, première réalisation de l’anglais Julian Gilbey, racontant l’histoire de six alpinistes amateurs retrouvant par hasard au milieu de nulle part une petite fille enterrée vivante dans un caisson alimenté en oxygène par un tuyau. En la sauvant, ils déchaînent les foudres de ses ravisseurs (des kidnappeurs attendant une rançon), qui vont les poursuivre dans la nature, sans pitié, armés de fusils et connaissant parfaitement le terrain. L’idée sur le papier était excellente, d’autant que les séquences d’alpinismes tournées en vrai promettaient une sensation de vertige inédite et des scènes d’action jamais vues au cinéma. Sur ces scènes, regroupées dans la première moitié du film, on ne notera malheureusement aucune sensation de vertige (et c’est un peureux de l’altitude, même au cinéma, qui écrit ces lignes), et surtout une réalisation d’une platitude carrément emmerdante. Symptôme parfait du film mal écrit, A Lonely Place to Die (“Poursuite mortelle” en VF - argh !) enchaîne les scènes où il ne se passe rien, où les personnages ne se racontent rien d’intéressant, seuls quelques moments venant enfin relancer l’intérêt général. Ce n’est pas qu’une déception, c’est juste un très mauvais film.
Mais ce n’était rien en comparaison de L’Impasse, film court d’1h15 réalisé par Antonio Trashorras, scénariste de L’Echine du Diable. Prévu pour être l’épisode de Masters of Horror de Guillermo Del Toro, qui ne vit jamais le jour, Blind Alley (son titre en VO) raconte l’histoire d’une fille prise au piège dans un lavomatic situé dans une impasse (en bas de chez elle !) et où un tueur rôde. En plus d’être effroyablement mal écrit (les rebondissements sont juste ridicules), le film se paye le luxe d’être mal réalisé, mal interprété (le méchant est un summum de non-charisme) et surtout horriblement mal filmé. On passe plus son temps à rire qu’à frémir dans ce soi-disant hommage au cinéma de genre, qui rend plutôt hommage aux nanars Z involontairement drôles. Un vrai navet qui nous a fait regretter A Lonely Place to Die, même avec un 1/2h en moins.
Du côté des courts métrages, le premier film fût précédé par Leyenda, un film espagnol de seize minutes racontant l’histoire d’une petite fille partant en vacances avec ses parents. Sur le chemin, en voiture, son père voudra rendre service à une femme en panne et se fera bien sûr massacrer. Puis la mère. Puis la fille de dix ans se vengera. Leyenda vient illustrer le syndrôme ô combien fréquent du court-métrage concept peut-être intéressant et motivé sur le papier mais où la réalité d’un tournage n’a jamais été prise en compte au moment de l’écriture. En résulte hélas un découpage trahissant l’amateurisme du film, un sens de l’espace dans la mise en scène complètement aberrant (alors qu’il s’agit juste d’une voiture sur un parking), une direction des acteurs autiste, et donc un délire personnel oubliant totalement son devoir narratif d’impliquer les spectateurs. Autant dire que le réalisateur échoue complètement sur son devoir de carte de visite pour réaliser un long.
Blind Alley (L’Impasse) fût en revanche précédé d’un court métrage passionnant, A Function, mettant en scène une étudiante coréenne dans une salle d’examen cauchemardesque, où les autres élèves sont torturés/massacrés et où l’examinateur ressemble à un fantôme portant un masque effrayant. L’idée est intéressante, la réalisation technique très belle, et l’ensemble assez dérangeant et passionnant. Le type même de court-métrage concept s’assumant jusqu’au bout pour le meilleur.
Bref, la soirée n’était pas des plus passionnantes mais encore une fois il s’agit de la malédiction traditionnelle du “Jeudi soir” frappant tous les festivals durant cinq jours et s’étalant d’un mercredi à un dimanche. Le PIFFF a néanmoins encore une fois prouvé son éclectisme et le public son enthousiasme. Et ça suffit pour attendre impatiemment la suite des festivités, qui s’annoncent mouvementées et passionnantes !! Rendez-vous donc vendredi soir, samedi soir et jusqu’à dimanche !
Floyd
Retrouvez le site du Piff ici : http://www.pifff.fr/ et son programme avec le détail de chaque film sur cette page : http://www.pifff.fr/programme/.