Clap de fin ce samedi 22 mai  pour la rédac' à Cannes : alors que les stands se démontent petit à petit, notre fine équipe se réveille une ultime fois aux aurores pour assister au dernier grand événement de la Croisette.

Aujourd'hui, le timing extrêmement serré de chacun ne nous permettra pas d'assister au film de clôture: Tree de Julie Bertucelli, vendue comme une jolie réflexion sur le deuil. Tant pis, espérons que Soleil Trompeur 2 se montrera à la hauteur des attentes suscitées. Ce matin là les rues furent quasiment vides, l'asphalte cessant de battre au rythme des déambulations cannoises. Pour une fois, la clapteam prend son temps et arrive au Théâtre Lumière quinze minutes à peine avant le début de la projection de Soleil Trompeur 2, suite du célèbre film de Nikita Mikhalkov.

 

Peu avant que les lumières s'éteignent, l'auteur de ces lignes se frite violemment avec un confrère italien visiblement dérangé par le sac placé derrière lui. La dispute alerte un journaliste anglais qui se fend d'un «let's take care of each others» surement fédérateur mais néanmoins agressif. Heureusement, une charmante voix off annonçant le début de la séance met fin à cette querelle non sensique. On a frôlé l'incident diplomatique ! Et de la zen attitude il en fallait pour supporter les 150 minutes de Soleil Trompeur 2.

Méga Blockbuster tranchant radicalement avec son prédécesseur, le film de Mikhalkov enchaine explosions et grosses scènes d'action à un rythme soutenu. Nikita Mikhalkov, démarquage russe de Michael Bay ? On est en droit de se le demander tant le cinéaste affiche ici une prédisposition certaine pour les grosses artilleries. Plus proche de Pearl Harbor que de Il faut sauver le soldat Ryan, Soleil Trompeur 2 n'est pas mauvais mais plutôt vain dans son approche très « bling bling ». Trop occupé à déballer à l'écran son énorme budget (le film a été financé à 80% par l'Etat Russe) , Mikhalkov oublie son histoire en route et capitalise à mort sur la surenchère. Une frustration d'autant plus grande que nous n'avons vu que la 1ère partie du film qui s'annonce comme une grande épopée à la gloire de la mère patrie. Pas sur qu'on ait envie de voir la suite cependant. Qui dit dernier jour dit ultime déjeuner pour la rédaction qui décide de faire ses adieux autour d'une crêpe dont seul Cannes a le secret!

15h : il est l'heure pour une partie des rédacteurs de prendre son train tandis que l'autre devra attendre le soir pour quitter Cannes et ses habitants. Inutile de vous dire que les adieux furent déchirants et se conclurent par un « Rendez vous de l'autre coté » lourd de sens ! Divisée, amputée, la clapteam se sépare avec la promesse fragile de se retrouver bien vite pour évoquer les souvenirs cannois. En transit, j'erre désormais seul dans les rues de Cannes sous un soleil de plomb. Mon ultime tour au Marché du Film, totalement désert, confirme ce sentiment tenace : this is the end. Assister à cette lente déliquescence est une torture, heureusement mon dernier tour à la salle de presse me rappelle que je ne suis pas seul. Mon billet à la main je marche une dernière fois dans les rues de Cannes. Au revoir Grand Théatre Lumière. Au revoir Salle Debussy. Au revoir Marché du Film. Au revoir collègues désagréables. Au revoir people. Au revoir fêtards déglingués. Au revoir Paparazzis. Au revoir Cinéma (non je déconne).

18h00 : Arrivé sur le quai, j'embarque dans le train me ramenant à Paris. Je repars à la fois fatigué et triste de quitter cette grande célébration du cinéma sous toutes ses formes -mêmes les plus bâtardes.

C'est la fin d'une belle aventure mais gageons que l'année prochaine en marquera une autre encore plus intense.

Ilan Ferry