hors la loiDisons le d'emblée : la controverse autour de Hors la loi tient plus du faux débat. En effet, on est en droit de se demander en quoi un film qui regarde dans les yeux l'histoire de deux peuples aux destins inextricablement liés peut être qualifié de polémique. Comme si affronter certains démons relevait encore aujourd'hui du tabou ou, pire, du scandale.  Si l'on peut dénoter certaines fulgurances comme le récent l'ennemi intime, force est de reconnaître que le cinéma français actuel peine encore à aborder frontalement cette page douloureuse de notre histoire. Certes,ici certains propos risquent de faire grincer des dents (l'amalgame français/nazis dans la France d'après guerre), ce serait vite oublier qu'elles sont le fait de personnages jamais érigés au rang de héros.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose, d'autant plus que le cinéaste relègue au second plan l'alibi historique pour reprendre à son compte l'iconographie inhérente aux film de gangsters. Borsalinos, mitraillettes, voitures de luxe, pour peu Hors la loi ferait penser à un pendant français de Public Ennemies!

Rassurons les sceptiques, le réalisateur d'Indigènes n'a aucunement voulu rivaliser avec Michael Mann. En suivant le destin de trois frères aux tempérament différents mais réunis par un même désir d'indépendance, Bouchareb dresse un portrait sans fard du FLN. Jamais glorifié à travers ses actes terroristes, celui-ci apparaît avant tout comme une conséquence de la politique française, un monstre crée par une force coloniale ayant pas mal de squelettes dans son placard. Relégué au second plan, l'alibi historique permet avant tout à Bouchareb de s'aventurer sur les sinueux sentiers du drame criminel.

Une démarche d'autant plus inattaquable que Hors la loi témoigne d'une réelle ambition formelle et scénaristique, la première prenant souvent le pas sur la seconde. Le réalisateur prend à bras le corps le genre auquel il s'attaque, enchainant gunfights et explosions à un rythme effrénée.

Toutefois, ce que le film gagne en efficacité il le perd en émotions. Sacrifiées sur l'autel de la sacro sainte action, les relations entre les personnages ne sont que survolées. Si Roschdy Zem est magnifique dans le rôle de Messaoud - chaque plan sur son visage abimé par la guerre conférant à l'état de grâce- Sami Bouajila et Jamel Debbouze se révèlent quelque peu figés dans leurs interprétations. En dépit de certaines maladresses (séquence inaugurale pataude, musique souvent insupportable), et de velléités historiques parfois trop en retrait, Hors la loi est un film plus fin qu'il n'y paraît.


Note : 7/10

Ilan Ferry