A deux jours de la fin du festival, la baisse de régime se fait grandement sentir avec SEULEMENT trois films passés au scalpel.

Au programme : des agents de la CIA, une actrice qui aime bien faire des brasses dans la piscine, et des mercenaires anglais hargneux. Un cocktail a priori réjouissant mais provoquant plus une mauvaise gueule de bois que l'euphorie tant espérée. Première déception avec Fair Game (cf. critique). Oeuvre engagée au sujet passionnant, le film déçoit par son traitement laborieux, hésitant entre deux genres. On en ressort frustré avec la sensation de ne pas en avoir vu assez. Un petit tour à la salle de presse plus tard, le « bagel time » résonne intensément dans nos têtes et estomacs. Une pause bienvenue avant le deuxième coup d'éclat de cette journée pleine de surprises. Une fois n'est pas coutume c'est vers la section Un certain regard que notre curiosité se dirige avec le nouveau film de Lodge Kerrigan (Keane).

Vendu comme une «Une évocation de la vie de Grace Slick, chanteuse du groupe Jefferson Airplane», « Rebecca H » vire très rapidement à l'allégorie foireuse et vaine. Alors que le film semble s'engager sur un récit tout ce qu'il y a de plus linéaire, il opère soudainement un virage à 180 ° vers la mise en abime. Le spectateur assiste médusé à une sorte de « film sur le film du film ».

Lodge Kerrigan se met lui même en scène et filme une Geraldine Pailhas (dans son propre rôle) dans tous ses états : nageant la brasse,  philsophant sans arrêt sur Maurice Pialat ou encore arpentant le périphérique pendant vingt minutes avant de se faire violer et assassiner pour mieux ressusciter quelques secondes après ! Vous n'avez rien compris ? Ça tombe bien nous non plus ! Agacée par la vacuité de ce «film» tourné à l'arrachée et faisant ostensiblement de l'œil à Cannes via des références lourdingues, la rédaction quitte la salle AVANT la fin. Ni fait ni à faire le métrage de Kerrigan est une belle arnaque prenant un malin plaisir à prendre le spectateur pour un con via des plans de cinq minutes sur des voitures roulant sur l'autoroute. Un bon gros foutage de gueule qui ne mérite rien d'autre qu'un mépris aussi grand que celui que semble vouer le réalisateur au public. C'est bien joli de faire des films autistes encore faut il qu'ils aient un minimum de sens.

Révoltés, en colère, nous décidons de faire la queue pour Route Irish(cf. critique), le nouveau Ken Loach. Cependant, une fois encore les miracles de l'organisation auront eu raison de notre patience. Cannes croulant littéralement sous les barrières de sécurité, nous avons longtemps tourné en rond avant d'être amassés comme du bétail en attendant que l'on daigne nous laisser entrer ! L'attente fut laborieuse mais valait heureusement le coup pour l'auteur de ses lignes. Toutefois, le sentiment général au sein de la rédac fut mitigé certains étant déçus par le manque d'audace d'un Ken Loach qu'on a vu plus inspiré !

Vint ensuite l'OFNI du festival : "Lung Boonmee Raluek Chat" de Apichatpong Weeerasethakul ( à vos souhaits !) , trip totalement barré dans lequel on y croise des buffles, des fantômes et un poisson-chat au goût prononcé pour le cunnilingus ! Vous l'aurez compris entre l'Irak et les actrices totalement névrosées, il y avait largement matière à ouvrir sa gueule à Cannes ! Une bien belle démarche en cette douce journée où se profile lentement la fin !

 

Ilan Ferry