Quand Hollywood se découvre une conscience politique

De Syriana à Green zone, Hollywood n'a cessé de fustiger la récente et calamiteuse politique américaine en Irak. Dernier représentant en date, Fair Game, rejoint la petite famille des FPR (Films Politiquement Responsables) post 11/09, phénomène certes tardif mais néanmoins nécessaire. Toutefois, là où Soderbergh et Greengrass avaient su apposer leurs griffes sur des œuvres foncièrement irréprochables, Doug Liman opte pour un style plus classique. Une démarche qui lui permet d'être plus proche de ses acteurs, pivots centraux de cette incroyable histoire vraie. Petite piqure de rappel pour les fumistes fâchés avec l'actualité : Un agent de la CIA, Valerie Palme et son mari Joe Wilson deviennent la cible de l'administration Bush après avoir révélé l'absence d'Armes de Destruction Massives en Irak. Seuls contre tous, ils vont devoir se battre pour préserver leur honneur.


Un sujet en or, prompt à mettre plus en lumière l'intimité de ces agents de l'ombre tout en dénonçant les méfaits d'une administration hypocrite. Malheureusement, à trop vouloir jouer sur ces deux tableaux, Liman livre un film bicéphale, jonglant constamment entre thriller politique et drame. Un mélange qui aurait pu être intéressant si le réalisateur était parvenu au bon dosage entre l'intime et l'historique.

Tendu dans son premier quart et nanti d'un générique de début intelligent, Fair Game partait sous les meilleurs auspices. Las, la suite s'appesantit trop sur un contexte certes passionnant mais aux aboutissants bien connus. L'envers du décor a beau être fascinant, la mise en place demeure trop longue au regard des enjeux qui se dessinent. En effet, c'est lorsqu'il touche à l'humain et plus particulièrement au couple Sean Penn/Naomi Watts que le film touche réellement sa cible. Preuve en est avec certaines séquences très réussies voyant l'implosion de la cellule maritale face à un phénomène médiatique qu'ils ne contrôlent pas.


Ces petites touches, Fair Game en contient quelques unes mais pas assez pour décoller. Trop éparpillé, le film brasse d'intéressants thèmes mais pêche par un manque d'audace. Sage, il peine à se démarquer des autres métrages estampillés « tiré d'une histoire vraie», perdant ainsi en émotions ce qu'il gagne en informations factuelles. Traité de manière plus dense, Fair Game aurait pu devenir une grande œuvre engagée. Dommage

Ilan Ferry

Note : 6/10