Le festival de Cannes est l'occasion idéale pour le festivalier de s'évader vers d'autres mondes en se rêvant une nouvelle identité. Aujourd'hui, les changements de peaux étaient légions sur la Croisette. Le matin, Tavernier et sa princesse de Montpensier (cf.critique) nous proposaient de revisiter la France du XVIe siècle. Il était dès lors possible de s'imaginer sous les prestigieux costumes d'un prince, un soldat ou encore un Duc enjôleur. Quitte à choisir autant rester le plus proche possible de la belle Melanie Thierry. Plus de deux heures après, chacun quitte ses oripeaux de noble amoureux pour visiter l'Autre Monde de Gilles Marchand en compagnie de la sulfureuse Louise Bourgoin. Aussi séduisante fut l'invitation, d'aucuns furent obligés de la décliner histoire de se (re)mettre dans la peau d'un journaliste ayant des papiers à rendre. Et pourtant, ce n'est pas parce qu'on a dit non à un univers qu'on ne peut pas accepter de rentrer dans un autre. Ainsi, c'est à Un Certain Regard que  le réalisateur David Verbeek posa la question fatidique R U THERE (Are you there ? - Où est tu ?). Dans la peau du gamer Jitze, le spectateur arpente les rues de Taiwan auprès de la sublime Min Min. Voyage initiatique et atmosphérique ce Lost in Translation situé dans l'univers vidéo ludique aura divisé les festivaliers, certains s'étant laisse totalement happé par le coté aérien et précieux du film tandis que les autres se sont royalement ennuyés. Pour notre part on dira que si les intentions restent louables (bercer le spectateur) le résultat demeure assez vain et ferait plus office de joli fond d'écran !

 

Are you there ?

Plus tard, retour dans le monde coloré et bling bling du festival. Accompagnant les petits gars de Mad Lightfilms, boite de post prod' vouée à un grand avenir, l'auteur de ces lignes traverse Cannes en se prenant pour un jeune loup à la conquête du monde. Deux heures après c'est le mafieux qui prend le dessus pour le nouveau film de Takeshi Kitano : Outrage. Lunettes noires, costume serré, le yakuza n'attend pas le début de la projection pour faire des siennes et coupe audacieusement la file d'attente pour s'assurer une place de choix. Une action douteuse et dangereuse au cours duquel un incident international fut évité de justesse avec un collègue allemand. Pince sans rire et ultra violent, Outrage marque le retour du Takeshi qu'on aime : celui qui vous balafre violemment le visage en arpentant un sourire en coin. C'est cruel mais ô combien jouissif. La soirée terminée, il est l'heure de ré-enfiler les baskets de l'envoyé spécial pour un compte rendu écrit avec le cœur et les tripes. Deux organes qui devraient être mis à rudes épreuve demain avec Biutiful, le nouveau film d'Alejandro González Inárritu. Crise identitaire en vue ?

Ilan Ferry