Du rire aux larmes


Be Happy l'avait démontré il y a deux ans : Mike Leigh est un indécrottable optimiste qui en dépit d'une filmographie teintée de désespoir (All or nothing) ou de nihilisme parfaitement assumé (Naked) cache un cœur gros comme ça ! Cet amour pour la vie, on le retrouve dans Another year, chronique douce amère sur le quotidien d'un couple d'anciens babas cool autour duquel gravitent une galerie de portraits tous plus seuls les uns que les autres. Malgré un leitmotiv à forte teneur en pathos, Another year évite malignement l'écueil du misérabilisme via des personnages magnifiquement écrits et une mélancolie qui tutoie le sublime. Tour à tour pathétiques, grotesques ou superbes, ils sont autant de représentations de la profonde solitude (et par extension tristesse) qui peut habiter l'être humain. D'une dignité absolue, Jim Broadbent et Ruth Sheen interprètent un couple à l'aura solaire et profondément positive, véritables réceptacles des turpitudes émotionnelles de leurs proches. Au gré des saisons, chacun joue à sa manière le même requiem. Si David Bradley (la saga des Harry Potter) en impose en veuf peu loquace, le prix de la meilleure interprétation revient à Lesley Manville, époustouflante en copine seule et dépressive. A fleur de peau, l'actrice bouffe littéralement l'écran et pique presque la vedette au génial Jim Broadbent..

 

 

Toutefois, le film de Mike Leigh ne touche pas seulement par son extraordinaire casting mais aussi par cette manière si juste et simple de parler de la vie . Et c'est peut être là que se situe sa grande force : dans cette faculté à fonctionner par contrastes. A la fois drôle et d'une profonde tristesse, Another year réussit à nous faire rire et pleurer en l'espace de quelques minutes... ou comment sourire les yeux mouillés ! Ainsi, par petites touches, Leigh nous fait passer par une impressionnante palette d'émotions. Tel un bon thé, le film prend son temps pour infuser jusqu'au palpitant du spectateur qui ne cesse de battre au rythme des grandes joies et des petites peines se déroulant devant ses yeux. Long métrage joyeusement triste ou tristement joyeux, difficile de le ranger dans une case. Une chose est sure : si Another year ne remporte pas la palme du meilleur film, il a déjà raflé celle du cœur. Merci Monsieur Leigh !

Note 8/10

Ilan Ferry