Ce samedi 15 mai, une étrange brise en provenance de la planète cinéma s'est abattue sur la Croisette. Arrivé à 7h30 devant le Palais, les portes étaient déjà ouvertes pour une séance démarrant à 8h30. Étrange. Deux heures après, Mike Leigh nous fait rire avec un thème profondément triste : la solitude. Étrange. 11H : les gens se marchent sur les pieds pour voir le nouveau Woody Allen tandis qu'un type arpente les rues cannoises sous le costume d'un bébé géant. Étrange. You will meet a tall dark stranger marque clairement les limites du cinéma de Woody Allen qui tourne en rond via des thèmes qu'il a déjà maintes fois abordés. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Attendez de voir l'après-midi... La recherche d'un petit coin de paradis pour se remplir la panse à Cannes implique toujours une recherche approfondie, prétexte supplémentaire pour partir à la rencontre des autochtones. Ainsi, chaque jour le Palais est pris d'assaut par de valeureux cinéphiles ayant enfilés leurs plus beaux smokings (ou robes de soirées pour ces demoiselles) dans l'espoir d'assister aux projections officielles via des invitations obtenues par des moyens plus que douteux. Étrange. Mais pourquoi être si bien habillé ? Pour la simple et bonne raison que lors des projections officielles, la montée des marches se fait toujours dans le luxe et la volupté. Vous imaginez une photo de Benicio Del Toro à coté d'un touriste en survêt ? Nous oui mais le Festival non ! Le festivalier tendance pingouin ne reste pas la seule curiosité à voir à Cannes puisque nombre d'hommes sandwichs aux déguisements divers et variés (chevaliers en armure, vampires..) arpentent les rues cannoises pour promouvoir des films tous plus improbables les uns que les autres. Étrange.

Arraki et ses acteurs pour Kaboom

En parlant de curiosité, Kaboom, le nouveau film de Gregg Araki, présenté Hors Compétition, se pose définitivement là. Trip totalement perché, le nouveau méfait du réalisateur de Doom Generation est un curieux mélange entre Les lois de l'attraction et les séries ultra Z à base de sorcières et autres sectes maléfiques. Souvent drôle, parfois lourdingue mais surtout complètement barré, cet OFNI (Objet Filmique Non Identifié) oscille un peu trop souvent entre esthétisme à la Mysterious Skin et délire régressif façon Smiley face. Sorte de Southland Tales light, ce genre d'expérience est à vivre de préférence sous l'influence de substances illicites ! Tout juste remis de ce voyage aux limites du n'importe quoi, voilà que nous attend la projection d'une autre bizarrerie : le bien nommé Rubber de Quentin Dupieux, réalisateur de l'allumé Steak. Toutefois, avant de pouvoir juger sur pièces le nouveau long métrage de Mr Oizo (pseudonyme de Dupieux dans le petit monde de  l'électro), il faudra passer par une longue file d'attente de deux heures où journalistes et accrédités se parlent librement tandis que Frédéric Beigbeder s'arrête pour faire la bise (sur la joue on précise !) à un autre monsieur barbu. Étrange. Entassé dans la salle du Miramar, Rubber se dévoile sous nos yeux... décontenancés ! Mix improbable entre Scanners et une pub Michelin, le film de Dupieux suit le parcours criminel d'un pneu serial killer télépathe(?!!) obsédé par une belle jeune femme. Conceptuel à mort, Rubber peine à exploiter pleinement son génial postulat, préférant se protéger constamment derrière une mise en abîme du cinéma pas toujours très fine. Il en résulte une idée géniale sur le papier et souvent traduite par des plans formellement superbes mais qui, distillée sur une heure et demi, ne tient pas toujours la route. Dommage...et étrange !

Cannes aura vu passer aujourd'hui : des anglais dépressifs, un Woody Allen gâteux, un gros bébé en costume, des bad trips en pagaille et un pneu psychotique. Qui dit mieux ?

Ilan Ferry