Greed is not so good

En 1987, Oliver Stone signait avec Wall Street une charge féroce contre la pire représentation des années Reagan, doublée d'un hommage vibrant à son père, Louis, ancien trader décédé un an avant la sortie du film. Plus de vingt ans après le monde a changé, le 11  septembre ayant fait vaciller la position des Etats-Unis de force dominante à géant aux pieds d'argile. Toutefois, si cet événement ainsi que la crise financière ont largement contribué au déséquilibre mondial, il y a une valeur qui, elle, reste pérenne : le dieu dollar. Le monde a beau être au bord du précipice le vert reste la couleur dominante ! C'est à peu de choses près le message que nous assène Stone avec cette suite supposée être dans l'air du temps. Sauf que depuis Wall Street  la carrière du réalisateur de Platoon aura été jalonnée d'œuvres plus (Né un 4 juillet) ou moins (Tueurs nés) réussies avant de se vautrer littéralement avec l'affreux Alexandre. S'il n'est pas son pire fait d'armes, Wall Street 2 reste toutefois à l'image de sa récente filmographie :  instantanément datée dans son fond et sa forme. Résolument fâché avec toute subtilité, le réalisateur ne fait pas dans la dentelle pour asséner un message aussi louable que naïf  sur les méfaits de l'argent utilisé à mauvais escient. Pas totalement remis de ses précédentes expérimentations visuelles, il surligne ses propos à grands renforts d' inserts et d'effets de montage grossiers. Une esthétique kitsch qui nuit grandement à la crédibilité de l'entreprise d'autant moins pertinente qu'elle arrive avec deux ans de retard. A l'image de W, Wall Street 2 veut faire mal mais ne parvient qu'à enfoncer des portes ouvertes. Une impression confirmée par le fait que contrairement à Wall Street premier du nom, cette suite ne suit aucune véritable ligne directrice sur le plan narratif. Trop occupé à faire dans la démonstration facile, Stone nous endort à grands coups de hedge funds et autres opérations boursières. Il livre ainsi une sorte de pensum faussement pédagogique (car trop refermé sur lui même) là où la 1ère partie semblait s'orienter vers un récit de vengeance situé dans le milieu de la Bourse! Dommage tant la perspective de revoir le bulldog Gordon Gekko dans le feu de l'action semblait séduisante. Las, le cerbère de la finance ne joue ici que les mentors faussement apprivoisé.

Tout n'est cependant pas à jeter : Wall Street 2 a beau être moche et trop démonstratif, il s'appuie   néanmoins sur une belle brochette d'acteurs. Monstre de charisme, Michael Douglas renfile les bottes de Gordon Gekko avec un plaisir communicatif. Tour à tour machiavélique et attendrissant, il bouffe littéralement l'écran en délicieux salopard ayant su - contrairement au film- évoluer avec son temps. Shia LaBeouf est quant à lui parfait en disciple aux dents longues mais au grand cœur. A cela s'ajoute l'aérienne musique de Brian Eno qui parvient à insuffler une touche de légèreté bienvenue. Celle là même qui nous rappelle que la substantielle moelle de Wall Street  ne réside pas tant dans l'exploration de ce monde impitoyable que dans sa capacité à délivrer des enjeux résolument humains au sein de celui-ci. Dommage que Stone ait préféré se focaliser sur un aspect trop moralisateur et maladroit à force de pédagogie mal amenée. Allez encore un petit effort Oliver !

Ilan Ferry

Note : 5/10