Mathieu Amalric est un drôle de type... Acteur hors pair au timbre de voix atypique, le comédien au regard droopesque signe avec Tournée son quatrième long métrage. Situé dans le milieu pas franchement glamour mais toujours très chaleureux du «new burlesque», Tournée suit les itinérances d'un producteur  et de ses «girls». Toutefois, si Amalric s'entoure d'effeuilleuses ricaines (toutes incarnées par des professionnelles du «new burlesque»), pas question d'assister à un festival de bimbos aux mensurations parfaites. Ici, on célèbre la bonne chair et les formes généreuses. Tournée n'est pas un film qui fait rêver, mais une œuvre qui touche. Comment ? Par sa galerie de losers dont l'inébranlable optimisme parvient à magnifier l'échec.

Du producteur déchu à la danseuse tatouée en mal d'amour en passant par une troupe de dames fortes en gueule et en poitrines, tout concourrait à faire de Tournée un film sacrément chargée niveau pathos. Contre toute attente, l'acteur/réalisateur prend tout le monde à rebrousse poil et signe une œuvre singulière à la fois drôle et mélancolique dans sa peinture du désespérément positif. De grandes chutes en maladresses, Joachim Zand (Mathieu Amalric) traine un spleen grand comme le Wyoming constamment contrebalancé par l'affection qu'il porte à sa nouvelle famille d'adoption. Et c'est peut être là que se situe le cœur (au sens large du terme) du film : dans sa capacité à magnifier de manière très simple ce qui ne l'est pas au premier abord. Physiquement imposantes, les danseuses de Zandt ne répondent pas aux canons de beauté actuels mais dégagent un charme surannée qui les rend incroyablement belles. Pour traduire cela, le réalisateur n'a usé d'aucun autre artifice que les actrices elles mêmes. Beau presque sans le savoir, Tournée est un film en état de grâce qui prône l'acceptation de son corps mais aussi de soi aussi bien dans ses réussites que dans ses échecs.