A Cannes, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Indulgent hier, le réveil a aujourd'hui décidé de jouer les troubles fêtes en sonnant à 6 heures pile. Les choses sérieuses commencent ! Un café et dix minutes de trajet plus tard, direction le Grand Théatre Lumière pour la projection de Chongqing Blues., 1er film de la Compétition. Alors qu'on aurait pu craindre un énième drame intimiste sur les malheurs d'un pécheur trompant son ennui dans sa rizière, le film du chinois Xiaoshuai Wang surprend en se focalisant sur la quête d'un marin de retour chez lui pour comprendre les circonstances ayant accompagnées la mort du fils qu'il a abandonné il y a 15 ans. Parfois long, le long métrage n'en demeure pas moins touchant dans sa peinture d'une jeunesse désœuvrée et en quête de repères. A travers l'enquête du personnage principal sont mis en exergue les difficultés des rapports pères-fils au sein d'un pays en pleine mutation. Deux heures plus tard, alors que le documentaire militant Draquila déchaine les passions au point de faire salle comble, la rédaction décide de fureter vers le du marché du film, eldorado des séries B et Z en attentes d'acheteurs potentiels venus des quatre coins du monde. Toutefois si l'idée de voir David Hasselhoff (oui, oui celui d'Alerte à Malibu) jouer les «Dancing Ninja» dans le film du même nom était très séduisante, nos yeux se sont plutôt portés sur l'intriguant Legacy. Huis clos aux relents hitchcockiens, ce petit film se focalise sur un mercenaire tout juste revenu d'une ultime mission traumatisante. Entièrement porté par Idris Elba (inoubliable Stringer Bell de la série Sur Écoute), Legacy permet à l'acteur de livrer une performance hallucinante qui fait d'autant plus regretter ses rares apparitions dans le paysage cinématographique.

Après cet uppercut filmique pas question de se reposer pour autant. Au programme: de pulpeuses danseuses ondulent leurs corps pour les besoins de Tournée, le joli film de Matthieu Almaric (cf.module) tandis que les adeptes de curiosités coréennes décident de faire plus ample connaissance avec la «Housemaid» de Im Sang Soo (The President's last bang). La femme de chambre en question c'est Euny, jeune fille naïve engagée comme gouvernante chez une riche famille. Balourd, le film enquille les clichés comme des perles et provoque rapidement l'ennui malgré son doux parfum de scandale. Pas particulièrement fin, The Housemaid se veut une charge à la fois féroce et ironique sur la lutte des classes et l'ivresse du pouvoir. Malheureusement, à trop vouloir faire le malin, ce remake d'un long métrage coréen de 1965 se vautre lamentablement dans la caricature à grands renforts de plans et dialogues tous droits issus d'un épisode des Feux de l'amour. Un parti pris certes volontaire (du moins on l'espère) mais décrédibilisant. Plus proche d'un Chabrol fatigué que de Bunuel dans sa peinture de la bourgeoisie toute puissante et décadente, The Housemaid sonne plus comme une farce ratée. Au final, si le 3ème film de la compétition laisse un goût acerbe dans la bouche, le lendemain s'annonce beaucoup plus clément avec le très attendu Wall Street 2 : l'argent ne dort jamais pour ouvrir les hostilités. Enfants des 80's levez-vous !
Ilan Ferry