Qu'il adopte les traits d'un renard malicieux sous l'œil bienveillant de Disney ou adopte le mulet très 90's de Kevin Costner, le célèbre prince des voleurs a connu nombre de déclinaisons cinématographiques. C'est aujourd'hui au tour du marathonien Ridley Scott de livrer sa propre version des faits, signant au passage sa 5ème collaboration avec Russell Crowe. Un ersatz de Gladiator matiné de Kingdom of Heaven ? Pas si simple car si le cinéaste nous a prouvé qu'il était capable du meilleur comme du pire, force est de reconnaître que son Robin des Bois démontre, une fois n'est pas coutume, qu'il a encore beaucoup d'énergie à revendre. Plus «entertainer» qu'expérimentateur, le réalisateur du culte Blade Runner semble en effet avoir retrouvé une pêche d'enfer et nous livre une œuvre pleine de bruit et de fureur. N'espérez toutefois pas retrouver un robin des bois acrobate accompagné de joyeux compagnons en collants dissimulant mal leur homosexualité refoulée, ce reboot tord le cou aux figures imposées... Ou comment déconstruire pour mieux reconstruire.  Ainsi, Robin des Bois apparaît tout d'abord comme un simple soldat embarqué malgré lui dans les turpitudes d'une guerre qui le hante. Loin de l'image d'Épinal largement nourrie par ses précédents avatars cinématographiques, l'homme n'a ici rien de vertueux ou noble. Mu par aucun idéal si ce n'est l'instinct de survie, il se découvrira une destinée et une cause en phase avec son histoire personnelle. Une approche intéressante qui se répercute dans le traitement donné aux autres personnages : Marianne n'est plus une lady en détresse aux fonctions purement décoratives mais une femme forte et indépendante, n'hésitant pas à mettre les mains dans le cambouis pour sauver la ferme familiale.

De son coté, le shérif de Nottingham laisse sa place de bad guy au profit du sinistre Godfrey, agent double sadique brillamment interprété par l'inquiétant Mark Strong,  tandis que le Prince Jean fait étrangement écho à certaines figures politiques bien connues de par son rapport maladif au pouvoir et à la reconnaissance du peuple. Très rapidement, Robin des Bois se détache du folklore entourant son personnage principal pour dérouler des enjeux autrement plus épiques et importants que la légende elle-même. Ce n'est pas tant la naissance du mythe qui intéresse Scott que son inscription au sein d'une réalité historique bluffante d'authenticité. De là à dire que les collants de ce Robin des Bois sentent la naphtaline, il y a un pas que nous nous garderons bien de franchir tant la réalisation de Scott détonne par son étonnant mélange entre classicisme et modernité. Les aventures du célèbre hors la loi ont beau être situées dans l'Angleterre du XIIème siècle, la tonalité et les thèmes abordés ont des résonances très contemporaines. Une force à mettre aussi sur le compte de Brian Helgeland, génial scénariste du pensum L.A. Confidential, qui excelle une fois de plus dans l'art de l'écrémage et le souci du détail. D'où un rythme soutenu tout du long que ce soit par les faits d'armes de Robin ou sa délicieuse danse amoureuse avec une Marianne peu docile ! On regrettera une dernière partie un peu maladroite (ah Russell beuglant au ralenti...) et aux raccourcis un peu trop voyants. Comme si Scott avait décidé de se  concentre davantage sur l'action au détriment de la cohérence du récit. Un fait d'autant plus dommageable que le cinéaste était parvenu à un équilibre parfait deux heures durant. Sorte de «western médiéval», Robin des Bois demeure en dépit de ses quelques maladresses, un grand film d'aventure qui saura à coup sur redonner au genre ses lettres de noblesse !

Ilan Ferry