A quoi reconnaît on une journée calme à Cannes ? Le réveil, qui sonne à 7h au lieu du coup de trafalgar habituel lancé dès 6 heures pétantes. Pas grand chose de notable sous le soleil aujourd'hui si ce n'est la projection du très attendu Robin des Bois (cf. module) pour lancer le top départ de la compétition. Privilégiés, les journalistes n'attendront pas le soir pour faire connaissance avec le prince des voleurs et s'amassent déjà en cette belle matinée. Un décochement de flèche dans le cœur plus tard, la Croisette est déjà en effervescence . Pourquoi me direz-vous ? Pour la simple et bonne raison que Russell Crowe, Cate Blanchett et le producteur Brian Grazer sont arrivés cet après-midi pour présenter le film de Ridley Scott. Récemment opéré du genou, le réalisateur a été interdit de vol par ses médecins. D'où le branle bas de combat général chez les journalistes et photographes pour récolter une image aussi furtive soit elle du «Gladiator». Pas de panique, il y en aura pour tout le monde puisque l'équipe inaugure les désormais sacro saintes conférences de presse cannoises. Visiblement épuisé par une promotion qui l'aura obligé à faire le tour du monde, Maximus montre gentillement les dents quand on lui pose des questions un peu trop récurrentes. L'acteur a beau rester d'un calme olympien, il y a des signes qui ne trompent pas. Comme cette allusion bien sentie aux monde des médias : «je pense que si Robin des Bois existait aujourd'hui, il s'occuperait du monopole des médias, c'est ça qui est en fait notre ennemi» a t-il déclaré de façon très ironique. Nerveux le Russell? Que nenni puisque la présence de la belle Cate Blanchett a suffi à le mettre en confiance . Détendu, le comédien australien est même allé jusqu'à livrer ses pronostics concernant le mondial estimant que le Portugal a «de grandes chances de gagner» et rendant hommage au «formidable» talent de Cristiano Ronaldo !

13h45: la conférence de presse terminée, tout le monde se réjouit que Russell Crowe n'ait envoyé de chaises (ou de téléphone) sur personne. Au final, peu importe si aucune question pertinente n'a tiltée à l'oreille du comédien, l'acteur a plus que jamais la classe et ça c'est cool ! Si notre âme d'enfant a été efficacement sollicitée pendant les 2h15 qu'ont duré Robin des Bois, l'estomac lui gronde et réclame qu'on le remplisse avant que le cerveau ne puisse plus suivre. Alors que d'aucuns cherchent désespérément à se nourrir , coté V.I.P l'heure est plutôt à la conscience politique. Alors que le coup de semonce officiel du festival n'a pas été encore lancé, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et celui de la Culture Frédéric Mitterrand ont appelé à la «libération immédiate» du réalisateur iranien Jafar Panahi, juré symbolique du festival, incarcéré pour avoir «préparé un film contre le régime portant sur les événements post-électoraux». Soutien à l'opposition au régime de Téhéran, le cinéaste militant avait déjà été présent à Cannes en 1995 où s il reçut la caméra d'or du meilleur 1er film avec«le ballon blanc». Ce n'est que l'un des premiers coups de gueule d'un festival qui devrait être largement secoué par les polémiques que créeront à coup sur les longs métrages Draquila (documentaire à charge sur la gestion du fameux seisme par le gouvernement de Berlusconi) et Hors-la-loi de Rachid Bouchareb qui, après Indigènes, suit le destin de trois frères dans leur combat pour l'indépendance de l'Algérie. Qui a dit qu'on avait pas le droit de militer pendant le festival ? L'ambiance risque toutefois d'être moins tendue ce soir avec l'ouverture officielle de la compétition, laissant augurer une montée des marches placée sous le signe des strass et des paillettes. Une impression que devrait confirmer la somptueuse fête suivant la projection de Robin des Bois. Russell viendra sans collants mais gageons toutefois qu'il arrivera à mettre une ambiance survoltée digne du glamour cannois !
Ilan Ferry
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