Note film et DVD : 08/10

Dans son papier sur Bellflower, mon confrère David Speranski avait décerné un 08/10 mérité au premier film à 17 000 dollars et 11 techniciens d’Evan Glodell. Au sein de son décor enclavé de Californie, ce buddy movie dramatico-fantastique voit déambuler Woodrow et Aiden, deux amis obsédés par l'apocalypse et le Seigneur Humungus, un personnage de Mad Max 2 qu’ils utilisent comme référence-running gag, créant leur propre mythologie. Ils se sont mis en tête de construire un lance-flamme super cool et une voiture de guerre, « la Medusa », censés leur assurer la domination sur le monde post-apocalyptique. Ce projet, indissociable de leur fascination pour la mort, devenu obsession, occupe tout l’espace, occultant leur background discrètement et insufflant une mystérieuse intemporalité. Travaillent-ils ? Ont-ils de la famille ? On ne sait pas grand-chose d’eux et tant pis, on accepte de les suivre dans leur réalité.


Construire un film, construire un scénario en chapitres tout en chahutant les codes. Construire une caméra avec des bouts de ferraille et des objectifs récupérés çà et là, construire une esthétique et déconstruire le récit. Evan Glodell compose une anarchie visuelle et narrative hors du commun, belle et violente. Construire puis détruire : un rythme en deux temps ici règle d'or. Le décalé Woodrow rencontre la décalée Milly dans un bar, à l'occasion d'un concours : qui mangera le plus de sauterelles vivantes ? Ils se plaisent et s'octroient aussitôt une escapade au Texas, sur un coup de tête. L'amour est cru, l’amour est mouvement. De retour dans la vraie vie, leur histoire va tourner en rond (comme « la Medusa », incarnation des possibles, qui ne fait que rouler dans la même ville, dont on voudrait refuser le sur-place), ils vont finir par se blesser, dans tous les sens du terme, par blesser les autres aussi. Le parfum de fin du monde, matérialisé par les paysages couleur feu et la prise de risques excessive des protagonistes (qui ne cessent de boire : pas une scène sans un verre à la main), va de pair avec la fin d'un monde, celui que Woodrow s'était créé avec Milly.

Si Bellflower suit le schéma d’un cercle vicieux (« Bellflower » est d’ailleurs le nom de la rue où habite Milly et qu’elle ne quittera peut-être jamais), d’un aujourd’hui qui sent l’explosion, d’un nihilisme omnipotent, on n’oublie pas que l’océan n’est jamais loin.

Ariane Picoche


> Grand Prix du Paris International Fantastic Film Festival 2011 ; Sortie en salles : 21 mars 2011 ; Réalisé par Evan Glodell ; Avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson et Rebekah Brandes ; Long-métrage américain ; Genre : drame ; Durée : 1 h 46 ; Distribué par UFO Distribution.
> Sortie en DVD le 04/09/12 ; Éditeur vidéo : Zylo.
Les bonus :
- L'interview du réalisateur
- Le making of
- Les affiches cinéma qui ont été refusées
- Le Focus sur la voiture : LA MEDUSA


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