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Cherche ses mots

Passons sur le fait que Cherchez Hortense est un énième film sur la bourgeoisie parisienne, enclave classique du cinéaste français. Le film s'ouvre heureusement peu à peu sur d'autres horizons plus intéressants. Et notamment sur la difficulté de la communication et de son médium.

Damien et sa compagne sont l'archétype du couple décousu, se croisant entre deux portes sans plus vraiment se parler. Chacun mène sa petite vie sans se soucier de l'autre. Tout tournera autour de cette absence de mots dilués dans l'inerte. Damien est incapable de parler à son père, conseiller d'Etat, qui pourrait influencer la décision de l'expulsion d'une sans-papier. Sa femme, metteur en scène, est impuissante à la direction de ses comédiens, ne trouvant ni le mot ni le ton juste. Quant à Zorica, la jeune femme sans-papiers, seules les rencontres hasardeuses avec Damien permettront l'échange. Aucun autre accès à elle n'est ici possible. Immigration invisible ayant pourtant les mêmes frayeurs que les minorités visibles. Un aspect politique du film qui contrebalancera l'intelligentsia nauséeuse des autres personnages. Au fur et à mesure des rencontres avec Zorica, l'impuissance de Damien va peu à peu se transformer en combat personnelle.

 


Un combat qui le mènera à « tuer le père » en le défiant sur ses plates-bandes. Faisant fi de l'autorité paternelle, Damien se libère de l'emprise d'un père pourtant absent mais qui a cependant une très large place dans la vie publique et politique. Il se passera de son bras long pour tenter de faire avancer le dossier de la jeune femme. Une immersion totale sur un terrain glissant traité sans complaisance. Si le film réussit à faire passer l'angoisse de Zorica sans pour autant y mettre des mots claires dessus, il s'enlise quand il s'agit d'évoquer les sentiments naissants qui lient la jeune femme à Damien. Tout cela manque cruellement de grâce et de poésie. La mise en scène délaisse le charme de ces rencontres hasardeuses au profit d'un rythme fluide alors que l'on aimerait bien s’attarder sur les échanges de regards et ces petits riens qui font pourtant habituellement toute la beauté des rencontres aléatoires.

Notons tout de même un Jean-Pierre Bacri au sommet de son art dans le rôle de Damien. Mieux que quiconque, Bacri incarne cette retenue et cette économie de mots. Reconnaissable entre mille, son jeu sied parfaitement au personnage, entre balbutiements et logorrhée confuse, les mots s'extirpent un à un et donnent du sens à cette valse-hésitation.

Clémence Besset


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