PARIS CINEMA MON AMOUR

 

Qu’as-tu vu à Paris Cinéma? J’ai vu…J’ai vu…Pourtant que retenir de ces treize jours de cinema non-stop, de ces dix bougies soufflées avec enthousiasme pour l’anniversaire d’un Festival qui atteint un âge déjà respectable? Pour l’occasion le Festival s’était allongé de quelques jours et doté exceptionnellement de deux commencements et de trois fins. Deux commencements: l’avant-première de Holy Motors présenté par un Leos Carax délibérément mutique, accompagné heureusement de Denis Lavant et de Kylie Minogue (pour la touche glamour) beaucoup plus loquaces; le ciné-mix du DJ Jeff Mills, lançant véritablement la manifestation au Forum des Images. Trois fins à chaque fois différente, populaire, institutionnelle ou élitiste: le ciné-karaoké traditionnel au CentQuatre pour le côté joyeusement populaire; la cérémonie de remise de prix, avec les partenaires institutionnels (Mairie de Paris, Numéricable, etc) et en prime, la présence de Vanessa Paradis; enfin la présentation d’un court métrage abscons à la limite de l’art contemporain au Wanderlust (sans doute la fin de trop). Ces différents événements sont à l’image du Festival qui souhaite développer une image exigeante de qualité, tout en demeurant accessible au plus grand nombre.


Alors que ce n’était pas toujours le cas les années précédentes, cette fois-ci les vedettes étaient presque toutes là lors des avant-premières, dont Juliette Binoche à qui on peut accorder une mention spéciale pour son allégresse irresistible de comédienne éternellement fraîche et débutante. Seul Asghar Farhadi a manqué à l’appel. Cette année Mélanie Thierry, Emilie Dequenne, Melvil Poupaud, etc. ont honoré de leur presence le tapis rouge du MK2 Bibliothèque, démontrant la montée en puissance du Festival depuis que Charlotte Rampling en est devenue la présidente sept ans auparavant. Le programme d’avant-premières était éblouissant comme toujours, permettant de voir à l’avance toutes les sorties intéressantes de l’été et de la rentrée. La compétition s’est montrée de haut niveau, rassemblant quelques films qui avaient déjà concouru à Berlin, Venise ou Cannes (selections parallèles) comme A simple life, Tabou ou Rebelle. Sur huit films, cinq ont d’ailleurs été distingués d’une manière ou d’une autre, ce qui montre bien le riche éventail de propositions de cinema qui était offert au public du Festival.

Paris Cinéma, c’est aussi se souvenir et (re)découvrir. Cette année, trois oeuvres magistrales faisaient l’objet de rétrospectives intégrales, celles de Leos Carax, d’Olivier Assayas et du regretté Raoul Ruiz. Trois cinéastes qui ont fait l’essentiel de leur carrière en France, avec quelques incursions à l’étranger, en portant haut les couleurs de notre cinématographie. Il était précieux de voir Boy meets girl ou Mauvais sang pour prendre conscience de l’évolution en bien ou en mal du cinema de Carax; d’accompagner Assayas dans ses chroniques d’une bourgeoisie bien française (l’Heure d’été, Fin août début septembre, les Destinées sentimentales) ou dans ses périples internationaux (Boarding gate, Clean, Demonlover, Carlos) ou dans les émois adolescents d’une jeunesse en quête de repères (l’Eau froide, Paris s’éveille, Irma Vep); enfin de suivre Raoul Ruiz dans les labyrinthes infinis du sens et du temps (le chef-d’oeuvre absolu, Mystères de Lisbonne, Généalogies d’un crime, Trois vies et une seule mort). Mais le grand trip consistait dans l’expérience de se retrouver devant un film hong-kongais improbable, en video et sans sous-titres français, issu de la rétrospective consacrée à la cinématographie d’un pays. Cela, seul Paris Cinéma peut ainsi nous l’apporter, ce frisson d’inédit, d’inconnu, d’extraordinaire, aussi prégnant que devant une future histoire d’amour esquissée. Ce même frisson que les spectateurs ont déjà pu ressentir lors des éditions précédentes lorsque la Science des rêves de Michel Gondry a été présentée en avant-première ou quand Michael Cimino est venu assister avec Isabelle Huppert à la reconstitution de son chef-d’oeuvre maudit, la Porte du Paradis, au Max Linder Panorama. Pour tous ces moments exceptionnels où l’émotion rencontre l’inédit, il faudra à nouveau guetter la nouvelle édition du Festival et répondre définitivement à la question: qu’as-tu vu à Paris Cinéma? Paris Cinéma mon amour.

David Speranski