Farandole de pixels et délice du chef.

 

Chaque nouveau film Pixar est l’occasion pour l’écurie de mettre à profit tout un savoir-faire technologique et d’étonner le public avec les dernières innovations en terme de rendu numérique, souvent bluffant de réalisme. Au fil des ans, infographistes, maquettistes, chercheurs ont travaillé et développé le rendu des textures, des ombres, des effets de réflexion et de réfraction de la lumière, ont fluidifié considérablement les mouvements, les vibrations et sont parvenus à créer un monde plus vrai que nature, jusqu’au vertige.



On se souvient, entre autres, des textures plastiques impeccables de Toy Story, des pelages foisonnants de Monstres & Cie, des surfaces de carrosseries réfléchissantes de Cars, sans oublier le rendu de la peau humaine des Indestructibles. Nos yeux ont souvent été émerveillés. Et nos papilles ? Ratatouille (et Brad Bird, son réalisateur) ont relevé le défi. Bien sûr, les salles de projections n’ont pas (encore) trouvé le moyen de diffuser un contenu olfactif ou gustatif aux spectateurs, mais encore fallait-il, pour parler d’art culinaire et d’amour du goût, s’en donner tous les moyens et restituer au regard du public toutes les nuances, toutes les aspérités et toute la vérité des ingrédients et des plats présentés : onctuosité des sauces, moelleux des génoise, croustillant des feuilletés, explosion de couleurs des fruits et légumes... Qui n’a pas senti son estomac crier famine en contemplant les mets délicieux concoctés avec soin dans la cuisine de ce cher Linguini et du petit Rémy caché sous sa toque ?



Bien sûr la technologie se sentirait bien orpheline si elle n’était pas poussée et entretenue par un puissant désir artistique. Et au-delà de cette profusion de saveurs et de pixels, il est bon de rendre grâce à un scénario exemplaire, à des personnages attachants et complexes (à l'image de l'austère critique Ego), à une mise en scène inventive et virevoltante (passant notamment de l'échelle humaine à celle des rongeurs avec une fluidité déconcertante) et à la reconstitution d'un Paris fantasmé de carte postale que n'aurait pas renié Woody Allen comme source d'inspiration de Midnight in Paris. Il est certain que Ratatouille est désormais inscrit au menu des réussites majeures du cinéma d'animation de la dernière décennie.


Ismaël Aria


 


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