Jour 13 : mardi 10 juillet 2012
Cette fois-ci, c’est bien la fin dans tous les sens du terme… En ce dernier jour du festival, les projections reprennent pour la dernière fois. Un ultime tour de piste pour Raoul Ruiz au Nouveau Latina, Olivier Assayas au Grand Action, la rétrospective Hong-Kong au Forum des Images, au Trois Luxembourg et au MK2 Bibliothèque… Encore une dernière fois l’épreuve du choix, que donc faire ce mardi soir ? Voir The We and The I de Michel Gondry ? Déjà vu à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, présenté par Michel Gondry lui-même et toute son équipe d’acteurs, et honnêtement peu apprécié, le film se hissant au mieux dans son œuvre au niveau de Dave La Chapelle’s Block Party (!)… Rattraper l’un des deux films de la compétition projetés à nouveau aujourd’hui, A Simple life à 17 h (Prix du public et Prix des étudiants) ou Tabou à 21 h (Prix des blogueurs et Coup de cœur du jury) ? A Simple life, déjà vu et beaucoup aimé ; Tabou restait donc une solution viable mais pas forcément enthousiasmante, surtout si on avait envie de changer d’air et de quitter les salles de cinéma. Jane Eyre, avec Mia Wasikowska et Michael Fassbender, était aussi projeté en avant-première à l’UGC Bercy mais mon excellent collègue, Olivier Fournel, s’était déjà acquitté de la critique avec le talent qu’on lui connaît, et de toute façon, le film sortait bientôt. Restait donc la soirée au Wanderlust, la cité de la mode et du design, où un moyen métrage exceptionnel allait être projeté, The Snorks: a concert for creatures, de Loris Gréaud, avec David Lynch et Charlotte Rampling.
J’aurais dû me méfier. L’assistance était déjà différente, comme si tous les fils à papa et les pimbêches étudiantes s’étaient rassemblés en un seul endroit, débitant au kilomètre des considérations snobs sur leur vie passionnante. Parler de cinéma, que nenni ! On était accueillis sur l’esplanade donnant une très belle vue sur la Seine. Des Djs mixaient des choses sans intérêt et le caquetage recouvrait tout. La projection était annoncée à 22 h et n’a finalement commencé qu’à 22 h 38. Paris Cinéma avait pris l’habitude d’être (légèrement en retard) et a battu les records pour le dernier soir. J’ai même cru un instant qu’on allait commencer à 23 h 30 pour attendre les spectateurs de Jane Eyre, Tabou ou The We and the I. Personne ne s’est d’ailleurs excusé, comme si ce retard allait tout simplement de soi. En fait, il s’agissait, paraît-il, d’attendre le coucher du soleil pour projeter le film en pleine nuit.
The Snorks a commencé et très vite, l’horreur s’est emparée de mon esprit. Entre des considérations philosophico-littéraires vaseuses débitées par Charlotte Rampling et des constats pseudo-scientifiques lues d’une voix neutre par David Lynch, les images, parfois très belles, peinaient à prendre un sens. Si j’ai bien compris, c’est l’évocation d’un peuple des abysses pour lequel le personnage de Charlotte décide d’écrire. On finissait le festival comme on l’avait commencé avec Holy Motors par une sorte d’installation d’art contemporain. C’est l’illustration de l’exigence des programmateurs qui veulent concevoir des événements intellos autant qu’ils souhaitent attirer le public populaire. On devine qu’il fallait bien faire plaisir à la Présidente qui avait décidé de nous offrir ce cadeau. On imagine bien Aude Hesbert, décontenancée et s’inclinant devant la volonté de la Présidente. Malheureusement, seule la fin (deux ou trois minutes) représentant le concert électro du collectif Anti-Pop Consortium sur des images plus ou moins psychédéliques du peuple des abysses, représentait une esquisse embryonnaire d’intérêt. Dominait surtout la tristesse de voir celui qui est peut-être le plus grand cinéaste vivant (David Lynch) cachetonner pour des choses sans réel intérêt (ce film, le design du Silencio, des spots de pub, etc.) au lieu de poursuivre son œuvre magistrale qui le place, sans forcer, au niveau de Bergman, Buñuel ou Kubrick.
Mauvaise pioche. Cela arrive parfois les jours de festival, comme dans la vie. C’était la soirée de trop, la séance inutile, la fête superflue… Forcément, c’était le treizième jour… C’est certes un peu dommage que cela arrive à la fin du festival, laissant une dernière impression mitigée. Mais passons l’éponge, car les dix ans du festival ont réservé tant de bonnes surprises et d’occasions de se réjouir du cinéma qu’il serait réducteur de se focaliser sur cette soirée ratée. Pour ma part, sur treize jours, treize articles, treize chapitres d’un feuilleton, en moyenne d’une à deux pages, à chaque fois, pour vous faire vivre le festival de l’intérieur et vous inciter à y aller. Par ces quelques textes, vous avez pu partager les joies, les enthousiasmes nombreux et les rares déceptions de cette édition exceptionnelle du Festival Paris Cinéma. Finalement, je regretterai seulement d’avoir délaissé la cause du cinéma, pour une fois, ce dernier soir : j’aurais dû aller voir Jane Eyre ou Tabou, qu’il ne fallait pas manquer. Cela me servira de leçon. J’espère que vous avez pu y aller. Rideau… jusqu’à l’année prochaine !
David Speranski
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