Jour 12: lundi 9 juillet 2012

This is the end, my friend, the end, my only friend, the end…En fait, comme Paris Cinéma fête ses dix ans, l’organisation du Festival a multiplié cette année les événements alors qu’ils avaient tous lieu, les années precedents, le même soir de clôture: ciné-karaoké + soirée dansante samedi pour le côté populaire, cérémonie de remise des prix lundi pour le côté institutionnel et enfin fête de clôture mardi au Wanderlust pour le côté branché et glamour. Trois visages de Paris Cinéma, divers et complémentaires, qui ont donc permis de participer à trois fins différentes du Festival alors que la fin habituelle se passait d’ordinaire au CentQuatre, après la remise des prix…

Ce soir, c’était en effet la cérémonie de remise des prix, la soirée de gala au MK2 Bibliothèque. Je reconnais Thierry Jousse, l’ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, devenu réalisateur, discutant avec un ami, juste devant l’entrée. Arrivé un peu en retard, je m’apprête à passer après des dizaines d’invités patientant devant le stand d’accueil. Je suis heureusement sauvé par mon ange gardien, une charmante brune aux cheveux courts, dénommée Sophie qui me héle, sans que je ne lui ai fait le moindre signe, et indique au reste de l’équipe “celui-là, c’est un VIP, il faut impérativement le faire passer”. Merci donc à Sophie qui se reconnaîtra peut-être, grâce à qui j’ai pu assister à cette cérémonie dans de superbes conditions.

Installé confortablement au troisième rang, je contemple perplexe les personnes qui se sont placées aux avant-postes, uniquement pour prendre des photos des soi-disant célébrités, et qui repartiront dès la cérémonie terminée. Ce phénomène m’a toujours intrigué: préférer le reflet de l’image des vedettes à leur travail effectif et ne même pas prendre la peine d’assister aux projections, cela dépasse un peu l’entendement…

Cinq prix ont été remis au final pour une compétition regroupant huit films: le Prix du jury, le Prix des étudiants, le Prix des blogueurs, le Prix Numéricable et enfin le Prix du public. De quatre prix l’année dernière, nous sommes passes à cinq; il y a trois ans, il n’y en avait que trois. Il ne faudrait pas en créer un de plus car, sinon cela reviendrait à récompenser tous les films en compétition. Cette pléthore de prix est sans doute destinée à éviter que le même film soit beaucoup trop récompensé. En 2011, La Guerre est declarée de Valérie Donzelli avait ainsi raflé trois prix sur quatre.

Cette année, les prix sont bien plus équitablement partagés: le Prix Numéricable, décerné par un jury d’abonnés Numéricable, a recompensé Rebelle (sortie le 21 novembre 2012) de Kim Nguyen (rien à voir avec le nouveau Pixar!) sur une enfant guerrière en Afrique, - dont je vous ai déjà parlé dans la chronique du mercredi 4 juillet-, en invoquant le devoir des films de refléter l’état du monde. Le Prix des blogueurs et du web est allé à Tabou, le film portugais de Miguel Gomes, en noir et blanc et essentiellement en plan fixe, qui sortira le 5 décembre 2012. Ce dernier récoltera aussi un Coup de coeur du jury, en étant chaleureusement défendu par Louis-Do de Lencquesaing pour ses exceptionnelles qualities formelles. Laetitia Masson a au contraire repris l’argument du cinema-reflet de l’état du monde pour couronner au nom du jury tout entier, le film hongrois, Just the wind de Bence Fliegauf (sortie prevue en 2013) sur le quotidien horrifique d’une famille tsigane qui vit dans la crainte de meurtres racistes. Enfin le Prix du public et le Prix des étudiants est allé à A Simple life de Ann Hui, récompensant ainsi l’exceptionnelle valeur humaine de ce film, exaltant les valeurs de générosité et de solidarité, et son duo inoubliable de comédiens, Deanie Ip et Andy Lau. Dans la chronique du mercredi 4 juillet, j’avais indiqué que ce film obtiendrait au moins le Prix du public. Au final, deux prix pour A Simple life, admirable film qui, de manière aussi incroyable que terriblement injuste, n’a toujours pas de distributeur en France. Gageons que ce double prix permettra de réparer cette iniquité.

J’avais croisé tous les membres du jury dans les couloirs du MK2 Bibliothèque, où ils assistaient aux séances des films en compétition, en même temps que la presse et le public. Tous sauf UNE qui se cachait: Emilie Simon, la musicienne et chanteuse, dont le charme irradiant a encore fait tourner bien des têtes ce soir…Quelques minutes plus tard, c’est une autre chanteuse qui lui succédait sur scène et allait enchanter les coeurs avec son sourire enjôleur et ses dents du bonheur: Vanessa Paradis qui présentait avec Léa Drucker et Valérie Karsenti Je me suis fait tout petit de Cécilia Rouaud, le film de clôture de Paris Cinéma. Comédie sans prétention, menée tambour battant, sur le theme des familles recomposées, à la manière de la Crise de Coline Serreau, Je me suis fait tout petit dresse le portrait d’un homme en apparence viril, totalement dépassé par les événements, campé par Denis Ménochet, et manifeste une énergie revigorante et une drôlerie de tous les instants qui devraient l’amener à un beau success public en salles. Une réalisatrice qui ose mettre une chanson de Rufus Wainwright, Poses, en plein milieu de son film, est assurément une personne dont l’avenir est plein de promesses.

 

David Speranski