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Jour 7: mercredi 4 juillet 2012

Qu’est-ce qui distingue un vrai festivalier d’un faux? Cinq faits.

1. Un vrai festivalier, c’est celui qui, au bout de sept jours de festival, est nettement plus en forme qu’au premier jour.

2. Un vrai festivalier, c’est celui qui met bien en évidence son accréditation, histoire de bien montrer qu’il vit dans une dimension parallèle et que tout le reste (la fin du monde, le discours de politique générale de Jean-Marc NotreHéros, etc.)  n’a plus aucune espèce d’importance.

3. Un vrai festivalier, c’est celui qui, à la question « on se prend un verre? » répond « oui, pourquoi pas? Mais vite, tu sais, j’ai le Farhadi juste après, je ne voudrais pas le louper ». Entre boire des cocktails et voir des films, il a déjà choisi.

4. Un vrai festivalier, c’est celui qui meurt de honte après avoir loupé une projo et qui n’a de cesse d’en rattraper une autre pour racheter le déshonneur.

5. Un vrai festivalier, c’est celui qui, après s’être enquillé une dizaine de films sans intérêt, trouve cela quand même bien plus passionnant que sa vie sans intérêt.

Aujourd’hui, pour changer de quartier, cap sur la Masterclass d’Olivier Assayas au Grand Action, dirigée par Auréliano Tonet, rédacteur en chef adjoint culture du Monde. Même si le quartier me rappelle de charmants souvenirs estudiantins, il faut s’armer de courage pour remonter toute la rue des Ecoles pour aller écouter l’Oracle. Les Masterclasses, c’est un grand classique des festivals. Les gens y vont souvent, croyant qu’ils réussiront à capter le secret qui leur permettra de faire du cinéma et/ou de réaliser de bons films. Ils s’aperçoivent ensuite que la réponse se trouve en fait en eux. Car si les Masterclasses aidaient à faire du bon cinéma, cela se saurait, mais parfois au détour d’une phrase, tel auditeur reçoit l’illumination sur son chemin de Damas. Pour ma part, j’ai déjà vu en Masterclasses David Lynch (j’étais loin de me douter en 2007 qu’il allait ensuite arrêter sa carrière), Martin Scorsese, James Gray, Quentin Tarantino, Atom Egoyan, etc. Donc pourquoi pas Olivier Assayas? Rappelons à Olivier Assayas qu’il vaut mieux rapprocher le micro de ses lèvres quand on s’adresse à un public. Hormis ce petit détail technique, le résumé de la Masterclass va tenir en une seule phrase: « j’adore changer, c’est pourquoi je fais des films si différents les uns des autres ». Seule donc la curiosité, l’étonnement permanent motivent Olivier Assayas dans son œuvre construite dans l‘amour du rock n‘roll, de la Nouvelle Vague et l‘obsession du passage du temps.

Venons-en ensuite à Asghar Farhadi, l’auteur d’Une Séparation, l’un des films majeurs et essentiels de 2011 qui a popularisé le cinéma iranien à travers le monde. Suite au triomphe d’Une Séparation, le distributeur de ses films a eu la bonne idée de sortir ses premiers films. Après A propos d’Elly et la Fête du feu, sort donc les Enfants de Belle ville, le deuxième film de Farhadi, sombre histoire de condamnation et d’exécution, de justice et de pardon. Même si tous les thèmes de Farhadi y sont, manque l’ambiguïté du regard et de la mise en scène qui donnaient tout son sens à une Séparation. Farhadi n’est pas venu présenter son film, prétextant un empêchement de dernière minute. Cependant il semble s’installer en France: son prochain film va se tourner bientôt à Paris, avec Tahar Rahim et Marion Cotillard (Marion qui n’aura donc manqué aucun des grands cinéastes actuels, après Jacques Audiard, Christopher Nolan et James Gray…) Cela promet!

David Speranski