
Jour 3: samedi 30 juin 2012
J’ai zappé la soirée Rock Forever au Grand Rex. Je m’en excuse pitoyablement. Pourtant je disposais bien de tout un attirail de déguisements et de tee-shirts du meilleur goût (!), arborant le nom des meilleurs groupes de rock du monde. Certes I love Rock n’roll, comme dirait Joan Jett mais le film ne m’inspirait guère. Aucune vedette (Tom Cruise, Catherine Zeta-Jones ou même la délicieuse Malin Ackerman) n’avait osé faire le déplacement et je pressentais un énorme côté parodique et nonsensique qui était en mesure de décrédibiliser totalement l’affaire. Au mieux, c’était The Rocky Horror Picture Show, au pire…euh…rien du tout. J’ai donc lâchement abandonné le film aux amateurs de divertissement et de grand spectacle.
Ce n’est quand meme pas tous les jours qu’on a rendez-vous avec Juliette Binoche…Oui, Juliette, la seule comédienne à avoir réussi le Grand Chelem des prix d’interprétation (Cannes, Venise, Berlin, Oscar, César), l’une des rares actrices aussi respectées à Hollywood qu’en Europe, l’unique trait d’union entre le Patient Anglais et les Amants du Pont-neuf, la seule capable de passer aussi facilement du rire aux larmes et de vous coller justement la larme à l’oeil en une fraction de seconde…Bon, c’est vrai, depuis Juliette, Marion Cotillard nous a également fait verser des hectolitres de larmes…
Elle présentait ce samedi dans une salle véritablement comble du Mk2 Bibliothèque le nouveau long métrage de Marion Laine, A coeur ouvert, adaptation d’un roman de Mathias Enard. Certes depuis ses débuts dans Rendez-vous d’André Téchiné, elle a pris quelques rondeurs, ce qui n’est d’ailleurs pas forcément désagréable, elle qui avait un peu le physique d’un couteau suisse. Mais son sourire demeure toujours aussi irresistible, symbole de sa légendaire bonne humeur. L’équipe du film est arrivée avec un quart d’heure de retard, suite aux traditionnels embouteillages du week-end. Entourée de Marion Laine, sa réalisatrice débordant d’enthousiasme et d’amour pour ses acteurs, et d’Edgar Ramirez, la revelation de Carlos, Juliette resplendissait et riait aux éclats à la manière des stars d’antan. C’est en effet une bien singulière trajectoire que celle de Juliette qui a toujours refusé de changer son nom face aux réalisateurs ou producteurs qui le trouvaient ridicule (“Binoche, voyons…Soyons sérieux!”) lors de ses premiers castings et qui a débuté comme caissière au BHV, avant de s’installer définitivement au firmament des meilleures actrices de son temps.
Juliette a une particularité étonnante qu’elle partage avec un autre grand comédien, Al Pacino, celle de surjouer quand elle est un peu laissée en roue libre, en l’absence d’un veritable directeur d’acteurs. Ce n’est pas le cas ici, ce qui s’avère plutôt bon signe. Marion Laine, actrice de formation, sait diriger des acteurs. Elle l’a déjà prouvé dans son premier film, Un Coeur simple, d’après Flaubert, où elle cooordonnait les efforts conjugués de Marina Foïs et de Sandrine Bonnaire. Dans une histoire d’amour-passion, s’inspirant du registre de
En contemplant le beau visage de Juliette, on pouvait se dire que la passion amoureuse préservait joliment des affres du temps. Peut-être l’actrice qui avait soutenu à l’époque à bout de bras Mauvais sang et les Amants du Pont-Neuf a-t-elle d’ailleurs croisé dans les couloirs du MK2 Bibliothèque son ancien grand amour, Leos Carax…
David Speranski
| < Préc | Suivant > |
|---|