Note : 








9/10
"Comme un garçon moi je suis têtue
Et bien souvent moi je distribue
Des corrections faut faire attention
Comme un garçon"
Sylvie Vartan
Comme un garçon
Le temps des princesses qui chantent l'amour est bien révolu. Adieu donc coups de balais (Cendrillon), métiers à tisser (La belle au bois dormant), manches à ballon (Blanche Neige) et chevelure peignée en toutes circonstances (La petite sirène) ; nous rentrons désormais dans une nouvelle ère : celle des princesses 2.0, belles et rebelles. Blanche Neige et le chasseur - actuellement sur les écrans - est l'exemple même de la radicalisation de l'image des jeunes héroïnes de contes de fée. Car ces dernières ne rêvent plus de robes blanches et de baisers. Leur destinée est toute autre. C'est armé que nous les retrouvons, émancipées, prêtes à en découdre avec les mauvais sorts.
La figure de la guerrière, Disney l'avait déjà exploitée à travers Mulan. Mais dans Rebelle, dernier né des studios Disney/Pixar, le visage de l'adolescente insoumise brille d'un éclat unique. Pourquoi ? Parce que l'héroïne est moderne. Parce qu'elle nous ressemble. Le principe d'identification est ici inversé. Avant, nous nous projetions dans la peau des princesses meringuées ; désormais c'est l'héroïne animée qui tente, le plus possible, de nous imiter. Car les conflits qui agitent Mérida dans le film nous sont bien familiers. Après Wall-E et la question de l'écologie, Ratatouille et son éloge de la différence ou encore Là-Haut et le thème brodé du deuil, les géants de l'animation s'attaquent à la crise d'adolescence. Rebelle. Le titre prend alors tout son sens.
Comme dans Mulan, dont nous parlions plus haut, la réflexion se porte sur le statut des jeunes femmes dans une société cernée par les conventions (un sujet éminemment d'actualité). En effet, Mérida, princesse de son état, croule sous le poids du protocole (sa mère lui rappelant toujours ce qu'une princesse doit faire ou ne pas faire). Or, ce dont elle rêve c'est qu'on la laisse vivre comme elle l'entend - un trait commun à beaucoup d'héroïnes Disney - et notamment qu'on la laisse manier son arc quand elle le souhaite (elle rivaliserait presque avec Legolas).
Mais ce qui distingue Mérida des personnages qui l'ont précédée, c'est son élan révolutionnaire, sa soif de changement. Le changement, Disney et Pixar le formalisent puisqu'ils placent, pour la première fois, tout au centre du dispositif, la femme et son combat pour la liberté. Fini les minettes apeurées qui se réfugient dans les bras du prince charmant ou les jupons de leur marraine. Dans Rebelle, l'héroïne n'a pas besoin des hommes pour se construire. Elle a seulement besoin de savoir qui elle est. Le film prend alors l'allure du fameux parcours initiatique - cher à la littérature, s'offrant le loisir de faire glisser la caméra le long des flancs des falaises écossaises ou encore des bois enchantés - et nous voilà envoûtés dès la séquence d'ouverture.
Car les grands espaces portés à l'écran témoignent aisément de l'ampleur des rêves et des doutes de Mérida. Toute la magie du mariage de Disney et Pixar est là : l'alchimie remarquable entre la poésie (celle qu'inspirent les paysages, la musique ou encore la tonalité épique) et le réalisme (la vérité des émotions sur les visages animés ainsi que la psychologie tangible dont les personnages sont pourvus). Rebelle, comme Là-Haut, réussit à nous emporter dans l'aventure et faire jaillir l'âme d'enfant qui sommeille en nous. L'ivresse est totale ; qu'elle vienne des couleurs et leur divine attraction (la chevelure de feu de Mérida par exemple) ou encore de la mise en scène, dynamique, pure et noble.
Le dernier Disney/Pixar joue la partition parfaite : celle de la tradition (la forme de la fable) et de la modernité (des héros authentiques et des thématiques existentielles filées sur le dessin). Rebelle est définitivement à la hauteur des attentes qu'il suscite, ciblant finement les problèmes d'une adolescente en pleine construction incapable de communiquer avec sa mère. Souvenirs, souvenirs. Simplement épatant.
Ava Cahen
Sortie en salles le 1er août 2012 ; Réalisé par Mark Andrews et Brenda Chapman ; durée : 1h35 ; distributeur : The Walt Disney Picture Company France.
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