
CHRONIQUES CANNOISES # 5
Que restera-t-il du Festival de Cannes 2012 ? Pour répondre à cette question, une évocation nostalgique, humoristique et parfois malicieuse, à la manière du « Je me souviens » de Georges Pérec :
Je me souviens des superbes génériques d’ouverture et de fin du Moonrise Kingdom de Wes Anderson qui m’ont rappelé l’apprentissage de la musique classique à travers Pierre et le Loup ;
Je me souviens du baiser sur la plage, pur et innocent, dans Moonrise Kingdom ;
Je me souviens de Marion Cotillard dans De rouille et d’os, qui, même amputée des deux jambes, n’a pas gagné le Prix d’interprétation féminine ;
Je me souviens m’être dit que les orques avaient raison de s’énerver si on les forçait à écouter du Katy Perry ;
Je me souviens de l’Autrichienne en surpoids, harcelée financièrement par de jeunes Kenyans dans Paradis : amour ;
Je me souviens que le Jury d’un Certain Regard n’a pas osé donner le Prix d’interprétation féminine à Melvil Poupaud dans Laurence Anyways ;
Je me souviens des plans magnifiquement composés d’Au-delà des collines et du regard brûlant d’intensité de Cosmina Stratan ;
Je me souviens de la vingtaine de cinéastes palmés ou primés (Cronenberg, Polanski, Kiarostami, Salles, Loach, etc.) montés sur scène pour la présentation d’Une Journée particulière de Gilles Jacob ;
Je me souviens de Michel Gondry à l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs et de son film-bus, The we and I, que les spectateurs quittaient au fur et à mesure ;
Je me souviens du pauvre Mads Mikkelsen banni de la communauté dans la Chasse ;
Je me souviens de la voix douce de Jean-Louis Trintignant racontant un souvenir d’enfance à Emmanuelle Riva, pour calmer sa souffrance, dans Amour ;
Je me souviens du vampire se transformant en insecte géant et vert dans Dario Argento Dracula 3D ;
Je me souviens de Soko en hystérique se tordant dans tous les sens dans Augustine ;
Je me souviens de la quinzaine de coups de fil annonçant la mort du metteur en scène au début de Vous n’avez encore rien vu ;
Je me souviens de Tessa Ia, hallucinante en jeune fille martyrisée dans Después de Lucia, Grand Prix Un Certain Regard ;
Je me souviens de la conversation sur Einstein et Mona Lisa dans la Part des anges ;
Je me souviens du face-à-face Brad Pitt - James Gandolfini dans Killing them softly ;
Je me souviens de Gustave Kervern, torse nu sur scène, déclarant d’un air menaçant qu’il connaissait le logement des enfants de Tim Roth, Président du jury Un Certain Regard ;
Je me souviens de Denis Lavant se maquillant et se démaquillant dans sa limousine, entre chaque contrat, dans Holy motors ;
Je me souviens du plan-séquence époustouflant d’Emilie Dequenne craquant au volant, sur Femmes je vous aime de Julien Clerc, dans A perdre la raison ;
Je me souviens de Kristen Stewart entre Garrett Hedlund et Sam Riley dans Sur la route ;
Je me souviens de l’homme qui s’arrache la tête dans Post Tenebras lux ;
Je me souviens de Nicole Kidman se prenant pour Sharon Stone ou Cameron Diaz dans The Paperboy ;
Je me souviens de Arta Dobroshi monnayant les organes de son mari dans Trois mondes ;
Je me souviens de l‘intérieur et de l’extérieur de la limousine blanche de Cosmopolis ;
Je me souviens de la plastique parfaite de Christa Théret dans Renoir ;
Je me souviens de Gustave Kervern montrant sa montre pour battre le record de la plus longue standing ovation pour le Grand soir ;
Je me souviens des méandres du Mississipi dans Mud ;
Je me souviens des larmes d’Emilie Dequenne, très émue, quand elle a remporté le prix d’interprétation féminine d’Un Certain Regard ;
Je me souviens du regard dégoûté de Xavier Dolan quand il a quitté la cérémonie d’Un Certain Regard en ne remportant aucun prix majeur, laissant une place vide que j’ai immédiatement récupérée. Merci Xavier ;
Je me souviens de la pluie qui n’a jamais été aussi présente lors du Festival : un temps pluvieux idéal pour récompenser Michael Haneke;
Je me souviens des larmes d’Annie Miller lors de la montée des marches de Thérèse Desqueyroux, le dernier film de son regretté mari, Claude et film de clôture du Festival ;
Je me souviens avoir lu dans Nice-Matin, au lendemain du palmarès, « une femme octogénaire poignardée à mort, son mari placé en garde à vue » : Amour de Haneke.
David Speranski
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