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La meilleure façon de mourir


Thérèse Desqueyroux est un film orphelin. Claude Miller est mort après l’avoir achevé. On retrouve dans ce film toute son délicate attention aux êtres et à leur ambiguïté. Prenant appui sur des compositions hallucinantes de Audrey Tautou et de Gilles Lellouche, Claude Miller restitue avec une véritable noirceur le roman classique de François Mauriac. Bien que son adaptation fait au départ très Qualité Française, elle finit par générer une authentique émotion due à un style au scalpel, destiné à révéler la vérité des personnes.

Avec Thérèse Desqueyroux, la boucle est bouclée pour Claude Miller. Il se retrouve une dernière fois sur le terrain qu’il affectionne, l’incertitude des êtres, le flou de leurs motivations réelles. Dans cette histoire de petite bourgeoise de province qui tente un jour d’empoisonner son mari, il a trouvé la matière à un magnifique drame psychologique où « tout le monde a ses raisons », comme dirait Jean Renoir.

L’esthétique très étudiée, à base de teintes sépia, nous plonge dans l’ambiance confinée de cette bourgeoisie de province dévorée par l’argent et les convenances sociales. Certes, reconnaissons que le film a un peu de mal à démarrer, Miller ayant choisi de raconter l’histoire de manière linéaire et sans recourir à la construction en flash-back du roman. Cependant, une fois les enjeux posés, Thérèse mariée et commettant son geste impardonnable, le drame prend toute son ampleur et le film ne cesse de monter en puissance, à travers des scènes très courtes qui requièrent toute l‘attention du spectateur.


Gilles Lellouche, dans son premier rôle dramatique, parvient à donner une réelle consistance et une formidable noblesse à un personnage qui n’était qu’un imbécile dans le roman. Audrey Tautou, en femme qui cherche à s’émanciper et se retrouve ligotée dans son époque trop conventionnelle, semblable à tant d’héroïnes de Claude Miller, montre toute sa part de noirceur, celle qu’on avait déjà vue dans A la folie…pas du tout de Laetitia Colombani et nous démontre qu’un grand avenir d’actrice de composition s’ouvre devant elle. Souvent, sans dire un mot, elle nous fait partager toute la vie intérieure de cette femme, entre mépris, agacement et désespoir. La scène qui réunit les deux personnages principaux à la terrasse d’un café et où l’absolution fait son œuvre, est magnifique et permet à Claude Miller de conclure son œuvre sur une note d’espoir.

David Speranski


Clôture de la Sélection officielle au Festival de Cannes 2012. Sortie en salles: le 21 novembre 2012. Réalisé par Claude Miller. Avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anais Demoustier. Long métrage français. Genre: Drame psychologique. Durée: 1h50. Distributeur: UGC Distribution.