L'aventure c'est l'aventure

Note: 1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap0 clap0 clap 8/10


N'appartenir à personne, n'appartenir à aucune terre. Se sentir de libre de partir, au gré de ses envies, de boire jusqu'à la lie et d'embrasser n'importe qui. La jeunesse chez Kerouac est si belle, le vent dans les cheveux, le pétard aux lèvres. Pourtant, elle est sérieusement encline au spleen (le récit transpire la morosité). Alors pour lui échapper, elle fuit, loin. Toujours plus loin.


 

Le roman, déjà, nous embarquait sur les routes d'Amérique. Et nous étions les témoins de la fureur de vivre des héros, de leur bougeotte communicative. L'adaptation que fait Walter Salles de l'oeuvre de Kerouac (40 ans après l'achat des droits par Coppola) ne rompt pas l'élan ; au contraire, le réalisateur nous fait monter en voiture avec les protagonistes, et nous partageons leur intimité durant le voyage (les plans serrés donnent la sensation d'une proximité réelle). Sur la route, sa mise en scène ample et élégante ainsi que son casting si bien trouvé, nous plonge dans le même état que le roman lui-même : entre l'euphorie et le désespoir. Un équilibre que Salles a définitivement trouvé.


Sur la route aurait pu avoir la peau du cinéaste brésilien - très attendu au tournant. Car s'attaquer à ce morceau de la littérature américaine n'est pas chose aisée. Exercice difficile donc que Salles a su surmonter avec brio, misant sur les plans larges ou encore une narration éclatée, suggérant la liberté de façon formelle. Sur la route fait danser les sens, piqués par les mélodies sensuelles du jazz et du mambo (séquence clin d'oeil à Et Dieu créa la femme de Vadim, où Kristen Stewart, plus habitée et sexy que jamais, se déhanche, le corps en transe).


Sam Riley, révélé par Control, livre ici une interprétation fine du personnage de Sal Paradise (héros/narrateur du film), collant bien à la peau de chagrin qu'il traine. Lorsqu'il rencontre quelque jours après la mort de son père, Dean Moriarty, ("cow boy" séducteur), une attraction puissante pour le caractère indompté de ce dernier le pousse à le suivre au bout du monde. C'est le divin Garett Hedlun (Tron) qui joue Dean, la tête brûlée, le pilote fiévreux avide de grands espaces, de vitesse et de baisers. Il est surprenant sous la direction de Salles ; le regard parfait de l'insouciance - et Salles sait tirer le meilleur des yeux clairs (il l'avait prouvé avec Gael Garcia Bernal dans Carnets de voyage). Amateurs de road movie, de marijuana et de jazz, courez-y.


Ava Cahen