
Note : 








8/10
L'amour n'existe pas
Du Musset dans la bouche du rockeur le plus populaire d'Angleterre ? Et pourquoi pas. Doherty, ses textes écorchés, son regard noyé et son sourire enjôleur, s'est construit, à mesure des années, le profile d'une icône romantique moderne, les cols de manteaux remontés jusqu'aux joues (ainsi qu'on représente Lamartine dans le Lagarde et Michard). Dans Confession d'un enfant du siècle, le chanteur, ancien membre des Libertines, joue les libertins, dévasté par les questions amoureuses qui harcèlent sa pensée jour et nuit. L'amour, est-ce le bien ou est-ce le mal ? A vous de juger.
Les premières notes de piano qui ouvrent le film nous transportent immédiatement. Un voyage entre l'enfer et le paradis avec Gainsbourg et Doherty, entre la dentelle, les jarretelles, la fumée de cigarette et les larmes des inconsolables. Sylvie Verheyde fidèle au texte de Musset, expose, dans un écrin ravissant, le "mal du siècle" : l'amour, ce poison véritable. Chez Choderlos de Laclos, il tuait la présidente de Tourvelle, ici, c'est Brigitte, interprétée par Charlotte Gainsbourg, qui se brise au contact de celui qu'elle désire de tout son être.

Nul besoin de moderniser le texte ou bien même de transposer l'époque. ; le sujet est intemporel. Les réflexions sur les manières de s'aimer, de le faire bien ou mal, de se donner ou de se préserver, sont en effet éternelles. La réalisatrice montre les différents visages de l'amour, ses différentes tonalités et couleurs (feutrées dans les salons libertins ou immaculées dans la chambre de Brigitte). Une mise en scène élégante qui tourne, comme un manège, autour des corps nerveux et tumultueux - accompagnée d'une bande originale sublime dont la ballade finale est signée Doherty himself.
Les deux visages pâles des acteurs principaux, marqués par l'angoisse que procure chez eux les sentiments, sont touchants. Leur duo fonctionne et étonne. Gainsbourg et Doherty ont, tous les deux, ces mêmes blessures invisibles, ces blessures qui leur donnent un éclat particulier. De ce fait l'empathie se tisse et nous quittons la salle le coeur en miettes, les illusions envolées. Confession d'un enfant du siècle porte un regard sévère sur l'amour, laissant s'exprimer les ravages qu'il cause. Verheyde nous baigne dans une lumière empreinte de spleen. Doux et cruel à la fois. On plonge.
Ava Cahen