How to make a bonne série, by HBO
La bonne série n'a plus de secrets pour la grande HBO. Quelques unes des meilleures créations ont en effet défilé sur le mythique réseau câblé au cours de ces 15 dernières années. Citons pêle mêle : Oz, Sex and the city, Les Sopranos, The Wire, Six feet under, Deadwood... HBO est bien gage de qualité. La série How to make it ? produite par Mark Wahlberg est devenue à son tour, en l’espace de deux saisons, non seulement l’œuvre télé la plus branchée du moment, mais aussi la meilleure représentante de la culture underground qui sévit dans la ville de Woody Allen. Rien que ça. Alors HBO a-t-elle la « recette » de la qualité ?
Un des premiers ingrédients pour bien démarrer la recette : laisser les pleins pouvoirs à un show runner en qui on a confiance. Le postulat ici ne repose sur aucun principe fort, aucun emprisonnement claustro à la Oz, aucune enquête millimétrée à la The Wire. Non ici, on évoque la vie suivant son cours, tout simplement. Pari osé dans une mode de séries où les concepts priment, où l’action est reine (Spartacus, Walking Dead…), la musique (Glee), l’inversion de codes préétablis (Breaking Bad, Les Sopranos…). How to make it part avec un caractère fort, celui de s’opposer à la tendance du moment. Culottée HBO.
Pour que la mayonnaise prenne, l’omniprésence d’une ville ou d’une région semble primordiale. Si Baltimore était l’héroïne première de The Wire, le quartier d’Emerald city dans Oz, ou encore le New Jersey des Sopranos, ici c’est Manhattan qui est passé au crible. Jamais on aura autant respiré l’air New-yorkais qu’en regardant les déambulations de Ben et Cam, leurs disputes sur les perrons typiques de West Village, leurs arrêts au fast-food du coin, leurs soirées dans les boites à la mode. Un épisode ne ressemble jamais à un autre tant les extérieurs sont privilégiés et tous les décors que peut proposer New York (car on va parfois à Brooklyn aussi…) sont scrutés par la caméra. Suivre nos deux héros, c'est aussi se fondre dans la masse d’une ville aussi vivante, tant architecturalement que socialement. L’un ne va pas sans l’autre.
La série créée par Ian Edelman vaut donc pour sa propension à faire vivre une troupe d’anonymes dans un monde grouillant, toujours en mouvement. Courir après la mode, c’est bien l’énergie déployée par HBO pour soigner ses créations, mais c'est aussi le passe temps de Ben & Cam qui vivent au rythme des tendances pour mieux être au gout du jour. Par le prisme du design et de la tentative de lancement du Rasta Monsta, sorte d'energy Drink pour les rastas, on aperçoit le combat des contre cultures qui sévit à New York. Le générique nous en montre déjà toutes les facettes : un juif en chapeau apparait après un skateur en suspension qui laisse sa place à un graffiti, sur fond de musique branchée, I need a dollar, tube énergique d’Aloe Blacc.
Entre les scènes, toujours sur un fond musical différent, des photographies racontent les transitions sous forme de romans photos à feuilleter. Tous ces clichés sont l’œuvre d'un seul et même photographe : Boogie, un immigré de Belgrade reconnu pour son travail sur la jungle urbaine new yorkaise. Décalé, branché, vivant. Tout se joue là en vérité dans How to make it ?, récit de cette course impossible pour être toujours en avance sur son temps. Pas de recette magique, juste la faculté d’HBO à anticiper (un peu plus que les autres peut-être) la tendance de demain.
Romain Dubois
| < Préc | Suivant > |
|---|