Clap! : Après les catastrophes naturelles et les zombies, les virus semblent être la nouvelle métaphore sur la fin du monde à la mode ?
David MacKenzie : C’est drôle parce que je n’ai jamais vu Perfect Sense comme un film sur la fin du monde. Pour moi, il est plus question d’une remise en cause de la manière dont nous vivons aujourd’hui, d’un besoin de faire un état des lieux de notre quotidien. D’ailleurs, à aucun moment il n’est dit qu’il s’agit véritablement d’un virus… Les chercheurs tentent de comprendre mais n’y arrive pas !
C’est un film politique ?
D’une certaine manière, oui… En tout cas, j’ai essayé de faire passer un message à travers une histoire de « science-fiction » à taille humaine. Car avant tout, c’est l’histoire d’amour qui est importante, ensuite vient le contexte.
Un peu comme Titanic, la « petite » histoire dans la grande ?
Complètement ! D’ailleurs, c’est le film que j’avais en tête en termes de principe scénaristique pendant le tournage, en version minimaliste. Mais attention, c’était voulu (rires). A aucun moment, je ne voulais faire un film spectaculaire.
Vous vouliez quelque chose de plus intimiste…
Oui. Je ne voulais pas d’effets spéciaux, d’explosions… Mes références de SF sont évidemment plus européennes, avec des films comme Alphaville (de Jean-Luc Godard) ou Farenheit 451 (de François Truffaut). Dans ce genre de cinéma, il y a plus de choses à raconter, à montrer aux spectateurs. Cela permet d’y inclure de la poésie.
Et que serait Perfect Sense sans cette poésie, qui – c’est vrai – est souvent présente ?
Bonne question… Je ne sais pas. En même temps, je ne l’ai jamais imaginé autrement. Oui, ça serait autre chose !
Justement, vous vous verriez réaliser un film comme 28 jours plus tard de Danny Boyle, par exemple ? Vous en auriez envie ?
Je ne crois pas. Tout à l’heure, vous parliez de métaphore, et celle des zombies est vraiment très intéressante, c’est devenu un classique du cinéma… Mais je crois que je ne suis pas fait pour ça. Je préfère le laisser à d’autres, et raconter des choses plus romantiques.
Dans un film comme celui-là, le choix des comédiens est très important… comment avez-vous eu l’idée de réunir Ewan McGregor et Eva Green ?
J’avais déjà travaillé avec Ewan sur Young Adam. C’est un acteur d’une grande intensité, toujours en ébullition. Il propose énormément de choses sur un tournage, c’est un vrai plaisir de le voir en action (rires). Eva, c’est une belle femme… très belle. Il y a en elle un mélange de timidité et de force intérieure. Ensuite, on imagine ce que ça peut donner de les voir jouer ensemble…
Mais on ne sait jamais ?
Jamais ! Et ça fait partie du plaisir, c’est la magie du cinéma…
Et de quelle manière vous y êtes-vous pris pour mettre en image chacun des sens ? Je suppose que dès le départ vous vouliez montrer des choses différentes ?
C’était une priorité dans la mise en scène. Et autant il y a des évidences l’ouïe ou la vue, mais pour retranscrire le toucher, le goût ou l’odorat, c’était beaucoup plus compliqué…
D’où l’importance de ce qui entoure les personnages, de leurs habitudes.
Le café, la cigarette… la sensualité des scènes d’amour ?
Exactement... C’est pour cela que le personnage d’Ewan McGregor travaille dans un restaurant. Quant aux scènes d’amour, elles avaient deux raisons d’être, celle – effectivement – de faire ressentir au spectateur l’importance du toucher, de la perte de toute sensation, comme le chaud ou le froid. Mais aussi pour garder une forme de douceur dans l’histoire, au milieu de ce chaos.
Et ça fonctionne ! La première chose que j’ai eue envie de faire en sortant du film, c’est de boire un grand café… Et après je me suis demandé quel sens comptait le plus pour moi… Et vous, s’il ne devait vous en rester qu’un ?
Bon, en ce qui me concerne, je suis déjà à moitié sourd de l’oreille droite (rires), mais sinon… Je crois que de ne plus avoir le goût de ce qu’on mange, ou de ne plus rien sentir quand on touche quelque chose ça doit être plutôt horrible, non ? Et vous ?
Quand il s’agit des femmes, j’avoue hésiter entre ne rien ressentir au toucher et ne rien voir…
Là, je suis d’accord !
Mais pour le reste…
C’est trop compliqué… N’est-ce pas ?
Propos recueillis par Olivier Fournel
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