La sympathique parenthèse des Lapins Crétins aurait été mieux perçue si elle n’avait pas provoqué une attente de huit ans entre Rayman 3 et l’épisode suivant. Qu’à cela ne tienne, on ne va pas gueuler : le nouveau Rayman est arrivé et il s’impose comme l’incroyable plaisir vidéoludique de la fin 2011. Loin de simplement singer New Super Mario Bros Wii comme les mauvaises langues le prétendaient devant les premières images, il trouve sa propre identité, prouvant que son créateur Michel Ancel est plus en forme que jamais, et rappelant cette particulière « French Touch » que l’on avait un peu oubliée.
Si nous devions chercher une parenté entre Rayman Origins et un autre jeu autre qu’un Rayman, il faudrait plutôt renifler du côté de Little Big Planet. Ok, Rayman Origins et LBP peuvent se jouer à quatre, certes, c’est un point commun évident ; mais nous parlons d’un point de vue plus global, d’une philosophie commune entre ces deux jeux aux racines très communes : la profonde envie de ré-explorer le jeu de plateformes 2D. Little Big Planet l’a fait en jouant la carte de la créativité, autant dans ses recherches et idées perpétuelles en matière de design (très Michelgondryesque) que dans son excellent éditeur de niveaux/jeux. Rayman Origins, lui, joue la carte de la débilité. Dans le sens très noble du terme.
Nintendo l’a bien compris et a de plus en plus accentué le côté mignon-débile du personnage Toad dans New Super Mario Bros. Les Angry Birds cartonnent non pas à cause de leur système de jeu (super vieux) mais plutôt grâce à leurs personnages violemment idiots. Il y a une sorte d’envie de plus en plus profonde chez nous de retrouver une ambiance joyeusement frappadingue, une légèreté drôle, bref une approche de cartoon sans retenue. Rayman Origins c’est avant tout ça : un cartoon à l’imagination débridée. Tout d’abord sur un plan graphique. Le design de personnages en aplats de couleurs au côté très “Adobe Flash” donne généralement des résultats épouvantables : technique de flemmard par excellence, on peut facilement en tirer des animations qui suffiront par exemple à créer des cartoons parfaitement vendables à TF1 pour ses matinées. Esthétiquement, Rayman Origins démarre sur un parti pris graphique en fin de compte similaire, mais prouve qu’il s’agit aussi d’un art : les personnages sont composés d’aplats mais avec goût, et l’ensemble de leur construction est faite de petits détails permettant un nombre incroyable d’expressions. On appelle ça du minimalisme riche. Il en va de même pour les décors. Si l’on fouille, les éléments présents à l’écran ne sont pas si variés ou si fouillés. Et pourtant l’ensemble a fait l’objet d’un soin de design et d’un sens graphique cartoonesque, si bien que nous nous retrouvons face à l’un des plus beaux jeux 2D qui soit à ce jour.
La recette magique de Rayman Origins est là : dans l’absolu, les ingrédients sont assez simples. Mais ils sont constamment choisis de niveau en niveau pour créer une recette bien précise et sur-travaillée. Un peu comme dans un Little Big Planet, on est surpris à chaque niveau de découvrir une nouvelle déclinaison d’une charte graphique définie par un monde (la jungle, le monde musical…). Ce soin méticuleux appliqué aux graphismes se reflète également dans la mécanique de jeu, jamais répétitive. À partir d’interactions à base de monstres ou d’éléments du décor, le jeu enchaîne les variations sur des mécanismes comme finalement l’ont fait les plus grands jeux 2D. C’est à partir de trois ennemis et des plateformes basiques que Miyamoto avait créé ce génial jeu qu’est le tout premier Super Mario sur Nes. Derrière la complexité apparente des règles physiques de Little Big Planet, se cachent en définitive des principes simples déclinables (et déclinés) à l’infini. Et bien derrière le véritable cartoon interactif qu’est Rayman Origins, se cache aussi un véritable soin du level design.
En soi, Rayman Origins fait donc preuve d’une richesse de gameplay épatante, que l’on peut aborder en fonçant dans le tas et en finissant le jeu le temps de parcourir les (longs) mondes qui le composent, ou alors en récupérant tous les bonus (comptabilisés à la fin de chaque niveau), ce qui corse radicalement la difficulté du jeu tant certains sont difficiles à récupérer.
Entre les versions HD et la version Wii, notre cœur balance. Les graphismes HD sont évidemment plus fins mais nous n’avons jamais vu des graphismes aussi beaux sur Wii. Un point partout. En revanche la Wii l’emporte sur le point de la maniabilité : non pas que le jeu ne soit pas maniable sur PS3 (à condition de fuir le stick analogique), mais il l’est parfaitement avec juste une Wiimote tenue à l’horizontale. Dans cette position, les deux boutons se suffisent (frapper / sauter) et courir en maintenant la gâchette B à l’arrière se révèle rapidement très instinctif. Cerise sur le gâteau en faveur de la version Wii : si le jeu est passionnant tout seul, il change radicalement à plusieurs joueurs. Et il est souvent bien plus facile de rassembler avec des amis quatre Wiimotes chez soi que quatre manettes PS3...
On sentait que Rayman Origins allait nous plaire : retour à la 2D, graphismes magnifiques et ambiance débilo-profondikum assurée. Tout compte fait, il dépasse toutes nos espérances en transcendant son potentiel et en réinventant le jeu de plateformes 2D par ses nombreux mécanismes. Une petite merveille !
On aime :
- Graphiquement magnifique.
- Sur Wii, aucun jeu ne paraît aussi fouillé graphiquement.
- Les musiques.
- Avec LBP, le grand retour de la plateforme 2D.
- Ambiances joyeusement débiles sur toute la ligne.
- Les nombreux univers... débiles.
- Renouveau esthétique de la série ultra réussi.
- Le bestiaire débile vraiment impressionnant.
- Des mécanismes de jeu très bien pensés, variés et omniprésents.
- Durée de vie et replay value répondant présents.
- Excellent à 1 joueur, encore meilleur à plusieurs.
On aime moins :
- Gestion des sauts difficile au stick analogique. Il vaut mieux préférer la croix directionnelle. À l'ancienne !
RAYMAN ORIGINS - Testé sur PS3 et Wii - Sortie : 24 novembre 2011 - Disponible également sur X-Box 360.