Le survival horror dérape allègrement vers l’action depuis Resident Evil 4, oubliant les origines de sa saveur : incarner un être ordinaire peu armé dans un univers monstrueux et effrayant. Le dernier Resident Evil sur 3DS (Revelations) essaye certes de trouver un équilibre entre ces ingrédients mais nous sommes encore loin des sensations des trois premiers épisodes ou du stress d'un Silent Hill 1-2. Qu'à cela ne tienne : il aura fallu attendre qu'un français se penche sur le problème. Et pas n'importe lequel : Paul Cuisset, créateur de génie de Flashback dans les années 90. Production ambitieuse disponible uniquement en téléchargement, AMY est le fruit d’une équipe réduite de dix développeurs. Tout est résumé dans ce paradoxe face à la réalité du marché aujourd’hui : le jeu en tire ses forces et ses faiblesses.
Ici on n'incarne donc pas un membre des swats sur-armé et qui tient son flingue sans frémir devant le moindre monstre tentaculaire de huit mètres à flanquer des cauchemars à Lovecraft. Non, ici on incarne une jeune femme fragile du nom de Lana, accompagnée d'une petite fille autiste, l’Amy du titre, armée de pouvoirs psychiques. Un bien étrange duo, qui consiste en l'idée forte du jeu, nous abandonnant dans cette situation face à des hordes de zombies et monstres. Il y a comme un parfum de Silent Hill premier ou second du nom qui flotte sur ce jeu tant l'on retrouve un héros fragile plongé dans un véritable cauchemar, mais aussi une fragrance tout droit sortie d’Ico et que l’on ressent lorsque l’on tient sa petite fille par la main en maintenant le bouton R2. Des idées et concepts empruntés, certes, mais qui fonctionnent du feu de dieu.
Amy use de subtilités de gameplay entre ses deux héroïnes pour se distinguer de la concurrence. On sent certes les limites techniques du jeu du côté des saccades des animations : techniquement on a vu largement mieux. Néanmoins Amy parvient à faire oublier ces défauts en nous proposant une dizaine d'heures de jeu d'un survival horror comme on en fait plus, grâce à ses concepts bien rodés et bien appliqués. La jouabilité fait cependant cruellement défaut dans les deux premières heures de jeu, Amy souffrant de commandes peu instinctives et surtout d'un manque de précision énervant. Le premier défaut est vite corrigé puisqu’on apprend au forceps cette maniabilité et qu’on finit par la maîtriser. En revanche il ne sera pas rare de se prendre des obstacles alors qu'on pensait les contourner et les galères à affronter un zombie seront nombreuses, entraînant trop souvent une mort injuste dont on ne se sent pas responsable. Sachant qu'en plus la difficulté est élevée et que les check point sont rares, mourir de la faute du jeu et revenir aussi loin en arrière a de quoi parfois décourager.
Quoiqu'il en soit il y a de quoi se réjouir. Ce n'est déjà pas tous les jours qu'un jeu en téléchargement propose autant d'ambitions et nous permet de retrouver la recette d'un genre qui semblait perdu, celui du survival-horror ultra stressant. En terme d'ambiance, Amy assure un maximum, notamment à travers son esthétique glauque saisissante et sa partition sonore ultra réussie et immersive à souhait. Ce n'est certes pas un jeu parfait mais les amateurs du genre auraient tort de passer à côté de cette expérience rare et à encourager, prouvant que les bonnes idées et le soin porté à l’ambiance peuvent faire oublier les faiblesses techniques ou de gameplay.
On aime :
- Stressant à souhait.
- Un retour aux origines du survival-horror.
- De bonnes idées.
- Musiques et sound-design superbes.
- Rapport qualité-prix énorme (seulement 10€)
- Esthétiquement réussi.
- Une entreprise à encourager !
On aime moins :
- Animations saccadées.
- Techniquement parfois grossier.
- Maniabilité souvent désespérante de rigidité.
Floyd
AMY - Editeur : Namco - Testé sur PS3 - Sortie : 27 Janvier 2012 – Disponible également sur X-Box 360