Note film : 1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap0 clap0 clap 8/10

Je suis une légende

Commercialement ressuscité début 2011 (merci True Grit), le western n'aura pas tardé à rendre l'âme dès l'été suivant (merci Cowboys & envahisseurs). Entre temps, une poignée de représentants auront profité de la courte brèche pour essayer d'en tirer profit. Le décalé Rango, l'urbain Red Hill et Blackthorn qui nous intéresse ici, ont prouvé la grande variété d'un genre dont on juge - à tort - la source tarie. Un gros préjugé que le scénariste des premiers Alejandro Aménabar se permet de retourner contre lui en apportant un regard neuf sur un personnage mythique exploité jusqu'au trognon : Butch Cassidy. Si le chef-d’œuvre de George Roy Hill a depuis longtemps figé dans un inoubliable arrêt sur image le destin du célèbre bandit et de son acolyte Sundance Kid au cours de leur pétaradant baroud d'honneur, la véracité historique en a décidé autrement. Les preuves scientifiques arguent que les deux gangsters n'ont pas rendu leur dernier souffle sous le feu nourri de l'armée bolivienne dans le petit village de San Vincente.

Ce qui permet à Matéo Gil d'imaginer un Cassidy vieillissant, décidé à retrouver son foyer et un fils inconnu après vingt années passées sous l'anonymat d'un éleveur de chevaux. C'est alors qu'il fait la rencontre d'un jeune comptable traqué pour avoir dérobé la recette dorée d'un exploitant minier. A partir de là, Balckthorn aurait pu se contenter de broder un énième récit crépusculaire et désenchanté symbolisant le déclin du western. Mais fort heureusement, cette dernière chevauchée ne se résume pas qu'à un chant du cygne amer et pessimiste tirant à blanc. Derrière l'aura de la légende de l'ouest, le réalisateur s’évertue surtout à creuser les failles d'un homme ordinaire, en décrépitude, dont les idéaux romanesques vont péricliter sous l'usure de l'existence impitoyable et impartiale de la marginalité. Une émouvante réflexion sur le vieillissement, sur l’amitié et la rédemption, portée tout entier par le granitique Sam Shepard au milieu d'une nature resplendissante et une ambiance hypnotique faisant de Blackthorn plus qu’un un très beau western, un très beau film tout simplement.

 


Note blu-ray : 1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap1 clap0 clap0 clap0 clap 7/10

On passera rapidement sur l'interactivité de cette édition uniquement armée d'une bande-annonce et d'un making-of beaucoup trop court pour rassasier le ventre. Heureusement l'essentiel est présent : à savoir un transfert majestueux doté d’une définition affûtée, d’une gestion des couleurs remarquable compte tenu de la grande variété d’atmosphères au fil du récit (de la luxuriante forêt bolivienne au désert aride), de noirs profonds (il n’y a qu’à voir la scène de la mine pour s’en convaincre) et d’un rendu argentique distingué en toute circonstance. Blackthorn étant une œuvre visuellement soignée il aurait été pénible de faire un constat inverse. La section sonore n’a pas à rougir non plus, quand bien même, le mixage du film n’est pas de ceux qui vont secouer votre installation. Davantage posée et naturaliste, la bande sonore jouit toutefois de l’effet de spatialisation et de la précision acoustique du DTS HD Master Audio 5.1 (VO et VF) qui s’exprime en toute liberté lors des passages où les personnages font parler la poudre.

Julien Munoz

Sortie en salles : 31 août 2011 ; Réalisé par Mateo Gil ; Avec Sam Shepard, Eduardo Noriega, Stephen Rea ; Long-métrage espagnol ; Durée : 1h38 ; Distributeur : Bac Vidéo


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