
Un Zelda céleste ? Oui ! Mais avec un peu de plomb dans les ailes.
Véritable institution, il paraît impossible d’attaquer frontalement un épisode de Zelda en étant crédible. Et pourtant le dernier n’aura jamais autant divisé, entre la presse absolument dithyrambique et les échos des joueurs parfois très boudeurs. Chef d’oeuvre ou ratage ? Ce n’est pas la première fois que Nintendo déstabilise avec un épisode de cette saga dont chaque opus offre un univers complexe, aux partis-pris souvent radicaux, entraînant des réactions l’étant tout autant, qu’elles soient positives ou assassines. On se souvient encore de Windwaker sur GameCube et son univers faussement enfantin tant décrié bien sûr. Avec Skyward Sword, l’éditeur surprend encore et prend des risques, qu’ils soient artistiques ou de gameplay. Encore une fois nous nous retrouvons en terrain connu et pourtant tout a changé. Skyward Sword est un jeu à l’approche très étrange, à la fois abordable et difficile, déjà-vu et trop original, pas facile à adhérer et pourtant inoubliable. Bref, un jeu complexe... et surtout fascinant.
Car oui, Zelda Skyward Sword est un grand jeu dans l’absolu, mais comme tous les Zelda depuis les premiers épisodes, il est porté par ses ambitions de devenir un conte interactif à la portée presque métaphysique, travaillé à l’extrême pendant des années pour se situer au dessus de la masse en terme de narration, prescripteur en matière de gameplay et irréprochable en terme de plaisir. C’est la marque Big N. Chaque Zelda nous met dans la peau d’un jeune Link inexpérimenté, qui va devenir un adulte en se lançant dans une aventure exotique pleine de dangers. Un éternel recommencement reflétant à la perfection les ambitions de la saga : nous plonger en terrain connu et pourtant nous surprendre sans cesse en se renouvelant à chaque fois. Skyward Sword n’échappe pas à la règle et se paye même le luxe de démarrer comme une aventure extrêmement banale pour rebondir... bien plus tard. Les trois premières heures de jeu nous mettent ainsi face au cahier des charges de toute introduction d’un Zelda : un scénario enfantin, des personnages amusants mais secondaires et un tutorial géant nous prenant la main comme pour aller à l’école. Sauf que cette fois-ci cela dure trois heures et que chaque élément pourtant propre à la saga semble en retenue.
Dans un premier temps, ça papote donc énormément pour ne pas raconter grand chose au final. Sommes-nous devenus trop exigeant dans la recherche de l’efficacité à tout prix ? Peut-être. Mais l’immersion des précédents Zelda était beaucoup plus maîtrisée et Nintendo, en prenant certes le risque louable de la lenteur, s’est un peu perdu en chemin sur le rythme qui se doit d’être encore plus soutenu. Les dialogues bavards et redondants cesseront progressivement, même si les diatribes des marchands s’étalant sur de nombreuses boîtes de dialogues ne pourront jamais être accélérées. C’est bien connu : plus on s’étale dans une histoire, plus chaque ligne de son texte doit être accrocheuse. Et Nintendo se rate un peu sur ce plan là.
Ce Zelda est donc très bavard mais il nous présente un univers original (une grande ville flottant dans les cieux), aux idées géniales (chaque habitant possède un oiseau géant et peut s’en servir comme destrier), le tout dans une mécanique parfaitement huilée et très typique de la saga. L’ampleur du jeu manque au départ, certes. A l’image des graphismes, au magnifique parti pris esthétique très pastel mais mal rendu par la Wii qui montre ses limites en terme de qualité de textures. Ici, à moins d’avoir un câble YUV, le jeu est graphiquement baveux. L’absence de HD s’est rarement autant fait regretter sur la console de Nintendo, à tel point qu’on se prend déjà à rêver d’un remake juste lissé sur la future Wii U.
Le vrai reproche que l’on puisse faire à Skyward Sword est donc de reculer lentement pour sauter un peu trop tard. Globalement, le jeu prend son envol au bout de 4 heures de jeu, après le premier vrai donjon (celui de lave). C’est là enfin que les concepts de gameplay s’étoffent pour dévoiler toutes leurs possibilités ; c’est à partir de ce moment que les personnages secondaires commencent à avoir gagné des couches dans leur écriture et à devenir intéressants. C’est à partir de là que l’univers s’étoffe et trouve la respiration et l’ampleur qu’un Zelda se doit d’avoir. C’est là tout le grand paradoxe de Skyward Sword : avoir des partis-pris très extrèmes et en même temps commencer trop sage et y aller trop mollo sur son histoire et son ambiance. L’esthétique pastel est surprenante et met du temps à dévoiler toute sa richesse, tandis que la maniabilité au Wii Motion Plus est instantanément exigeante et déconcertante (notamment lors des séquences de vol).
Skyward Sword est donc un jeu qui se mérite. Reculer pour mieux sauter permet à Nintendo de construire des bases plus solides que jamais à l’histoire du jeu et à son univers. Plusieurs aspects, comme la ville au dessus des nuages et les différents univers sur Terre, sont déjà bien en place lorsque l’on commence à réaliser à quel point le jeu est vaste et varié. Par rapport aux précédents épisodes, Skyward Sword propose un équilibre beaucoup plus poussé dans sa narration : l’exploration n’est cette fois-ci pas concentrée que dans les donjons mais étalée dans l’univers entier du jeu. C’est donc au bout de ces quelques heures un peu difficiles que l’on comprend l’ampleur du récit et de l’univers que l’on nous propose. Les concepteurs du jeu veulent nous emmener très loin dans leur récit et nous ont imaginé un voyage encore plus ambitieux en terme de récit d’aventure que tous les précédents épisodes de la saga. C’est peut-être en ça, pensant avant tout aux petites têtes blondes, qu’ils ont décidé de nous imposer une introduction longuement explicative, pour mieux nous immerger après. Skyward Sword se vit encore plus qu’il ne se joue : c’est là l’ambition démesurée de l’équipe derrière le jeu. Et en s’y plongeant comme il se doit, on ne peut que tirer son chapeau : mission réussie.
On aime :
- Le parti-pris graphique, très beau.
- Le rythme, excellent.
- Une ingéniosité générale made in Nintendo.
- La partition musicale.
- Des dizaines d'heures de jeu.
- Une immersion crescendo pour atteindre un niveau rare dans la saga.
On aime moins :
- Beaucoup trop bavard, à tous les niveaux, au détriment de l'ambiance.
- L'absence de HD se fait ressentir plus que jamais.
- Sans connectique YUV, les graphismes sont moches sur écran LCD, LED ou Plasma.
- Une maniabilité parfois décourageante, à regretter un vrai pad.
- L’histoire met quelques heures à décoller.
Floyd
THE LEGEND OF ZELDA : SKYWARD SWORD - Editeur : Nintendo - Exclusivité Wii - Sortie : 18 Novembre 2011.
| < Préc | Suivant > |
|---|