Sortie en blu-ray : 2 novembre 2011
Note film : 








9/10
« Si la légende est plus belle que l’histoire, imprimez la légende » - L’homme qui tua Liberty Valance
C’est ce que viennent soutenir les propos entendus dans l’intelligent documentaire « À la recherche des mangeurs de morts » (env. 50 min) et un magnifique livret enquête signé Nicolas Rioult, grâce auquel on apprend que la version du réalisateur n’aurait pas dépassé les 10 minutes supplémentaires (alors qu’on parle depuis bientôt 12 ans de 45 minutes perdues). Oui Le Treizième Guerrier est un film mutilé mais peut-être pas autant qu’on le pensait. Le début et la fin (voulue proche de celle de Zoulou par McTiernan mais avec une même courte bataille tournée au ralenti) ont certes été modifiés selon les désirs intrusifs de Crichton - ayant pris une partie du contrôle du second tournage comme l’explique l’acteur Vladimir Kulich (Buliwyf), mais le résultat n’a pas été excessivement trahi. Si John McTiernan avait livré sa version, celle-ci n’aurait pas été énormément plus ample (il n’y a pas de scènes d’action ou de vraies intrigues secondaires inutilisées) ou excessivement différente. Seulement un peu plus humainement complexe, affinée et en adéquation avec les obsessions du metteur en scène qui lors d’un entretien de 2003 (visible dans le documentaire) avoue préférer conserver la légende qui entoure son film plutôt que d’affronter la déception des fans devant un montage pas immensément supérieur à celui de la version officielle. Un mythe tombe.
Est-ce bien grave? Non car aussi maudit et contrarié soit-il, Le Treizième Guerrier reste un chef d’œuvre à part entière. Imparfait (au même titre que Pat Garrett & Billy le Kid de Sam Peckinpah), mais un chef d’œuvre quand même dont le souffle épique, les partis pris esthétiques audacieux, le rejet des canons hollywoodiens (un héros – qui n’en est pas vraiment un – arabe dans une superproduction américaine vous en connaissez beaucoup ?), et son message en forme de communion des cultures d’une effarante actualité, en font un titre unique et culte qui continuera de déchainer autant de frustration que de satisfaction.
Note blu-ray : 








8/10
Un peu à l’image de cette édition à l’interactivité fournie mettant l’accent essentiellement sur la fabrication difficile du film (« A la recherche des mangeurs de morts donc), bien loin du sage matériel promotionnel rétrospectif. Le plat principal digéré on peut ensuite se reporter sur tout un lot de sucreries : une décryptant l’esthétisme naturaliste du Treizième guerrier (« En territoire Viking » env. 12 min), ou une autre prenant un point plus généraliste via une piste Trivia apportant nombres d’anecdotes à lire pendant la lecture du film. Mais la vraie pépite se trouve moins dans la reprise des bonus du dvd en SD (interviews d’époques et images de tournage et le fameux trailer Des Mangeurs de morts divulguant quelques plans inutilisés), que dans un module où John McTiernan prend la parole pendant dix sept minutes sur le cinéma qu’il vénère. Aussi précieux qu’émouvant, le document (tourné en mars dans le ranch du réalisateur) laisse aussi un goût amer lorsque McT explique son isolement tranquille loin de l’agitation d’Hollywood) et déclare avec le sourire qu’il tournera durant l’été Schrapnel avec Nicolas Cage et John Travolta. Malheureusement on sait qu’il n’en est toujours rien. Ne manquait plus qu’un commentaire audio de l’intéressé ou/et une piste sonore dédiée à la musique refusée de Graeme Revell (remplacé par celle plus standard mais non moins magistral et aujourd’hui indissociable de Jerry Goldsmith), pour que le bonheur soit total au niveau éditorial.
Car côté technique, le résultat risque de faire couler beaucoup d’encre, autant pour crier sa satisfaction devant des pistes DTS HD Master Audio 5.1 rendant pleinement justice à la fièvre martiale et exotique du Treizième Guerrier (pour un peu on se prendrait au jeu en croisant le fer dans son salon – attention aux meubles !), que pour hurler son mécontentement devant l’image qui ne plaira pas à tout le monde. Avant de la juger, il faut d’abord remettre les choses en perspectives, Le Treizième Guerrier a été tourné des conditions très particulières (entièrement filmé en lumière naturelle) qui n’en font pas une œuvre propice à être exploité en HD. Dès lors, on saisit tout le dilemme qui fut celui de Metropolitan de vouloir « corriger » avec la technologie moderne (filtres DNR et autres), les artefacts d’un choix esthétique tranché. Si la précision du piqué est splendide sur les gros plans, la baisse de régime (grain disgracieux en abondance, colométrie fluctuante, définition digne d’un dvd) de certains plans nocturnes laissent davantage à désirer. En prenant en compte les limites (il était clair qu’on aurait pas affaire à un transfert rutilant à la Transformers), avec les quelques abus occasionnés, nous aurons tendance à atténuer les maladresses de ce transfert d’une propreté irréprochable, pour ne retenir que l’essentiel : Le Treizième Guerrier est désormais visible en HD ! A chacun de se faire son propre jugement là-dessus.
Réalisé par John McTiernan ; Avec : Antonio Banderas, Vladimir Kulich, Dennis Storhoi ; Long métrage américain ; Genre: aventure ; Durée: 1h42, année de production : 1999 ; Distributeur: HK Vidéo/Metropolitan
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