
Sortie en DVD, Blu-ray et Blu-ray 3D le 21 septembre 2011
Note Film : 








8/10
La vie est violente, dans la joie comme dans la solitude. Communiquer c’est arriver à un point de croisement entre deux perceptions de cette violence, c’est l’harmoniser pour mieux la partager et, finalement, par le mouvement de l’esprit, c’est déjouer le calme spécieux de la mort. C’est l’histoire, entre autres, d’un extraterrestre sympathique et d’un robot barbare qui se retrouvent dans les transports en commun. Au-delà des mots, dans la marge, Wenders se fait le peintre d’un monde d’impressions et dessine un visage de Pina Bausch. A mi-chemin entre le primitif et l’abstrait, c’est un combat contre le temps, rien d’étonnant, il s’agit de faire d’un portrait de la morte, l’éloge du spectacle vivant. Aller contre le temps. Retrouver le paradis perdu, le Tout. Effacer l’empreinte de l’ange.
Pythagore prétendait se rappeler de ses existences antérieures ; Pina appréhendait certainement les existences extérieures par le caractère essentiel des éléments. Il faut remonter plus loin encore et se souvenir avoir été caillou. Là, c’est un peu de souvenir de lune, de poussière d’esclave, un peu aussi du rire de l’eau… Orphée était le poète magique, celui qui maitrisait les éléments et Wenders s’inscrit cinématographiquement dans cette tradition, dans cet héritage d’une surnature. Il lui faut aller chercher Pina de l’autre côté du miroir, dans la turgescence de ses danseurs où semble encore couler son sang. Comme Orphée, il est l’enchanteur d’un film solaire. Il ne pouvait alors réaliser cette initiation qu’en trois dimensions ; déjouer encore l’aplanissement mortuaire.
Mais le vivant par définition est éphémère et le spectacle vivant, du même coup, ne peut l’être que par la précarité de son existence. C’est la première des limites. La seconde c’est l’éternelle injonction de ne pas se retourner, l’impossibilité du retour sur le passé. En dessinant un visage de Pina Bausch elle n’appartient plus, le temps d’un film, au monde des morts. Mais la tentation est trop grande de se retourner et fatalement il faut que les rideaux se referment et que le spectacle se termine. En étant vu sans pouvoir voir en retour, aussi profondément incarnée soit-elle, sur le fini d’une toile et malgré les propositions Pina ne peut plus exister qu’à moitié. Il faut bien quelques éblouissantes écorchures de l’invisible, sinon du supravisible, pour se replacer à la frontière, là où tout est encore possible.
Note Blu-ray 3D : 








8/10
Avec une compression et un piqué admirables la galette 3D de Pina est un vrai plaisir pour les yeux. Les oreilles ne sont pas en reste puisque l’unique piste en DTS HD Master Audio 5.1 est, elle aussi, du plus bel acabit. Du côté des suppléments, on retrouve un long making-of de quarante-cinq minutes environ, très soigné, lui aussi en 3D, et plutôt exhaustif au risque de déborder parfois dans le répétitif. Découpé en cinq chapitres et narré en voix-off par Wenders en personne, il revient sur les origines du projet avant d’expliquer en détail le choix de la 3D et les enjeux techniques. Suivent quelques explications sur la scénographie, le spectacle, les très beaux décors et la fin du tournage. S’ajoutent à cela les scènes coupées dans un second module d’une quarantaine de minutes. Si, comme souvent, elles ne furent pas coupées pour rien (le long plan de Peter Pabst marchant dans le jardin avant de monter les escaliers qui n’apporte pas grand-chose et casse véritablement le rythme) on sera ravi d’avoir un peu de rab chorégraphique avec par exemple la séquence de Ditta Miranda Jasjfi dansant sur l’automnale voie ferrée à l’appel de la guimbarde. Reste la bande-annonce sur laquelle on ne saurait s’éterniser. Bref, en long, en large, en profondeur… un bien bel objet d’art !
Nico Paal
Documentaire ; Allemagne, France, 2010, 100 min ; Réalisé par: Wim Wenders ; Avec : Pina Bausch et sa troupe... Editeur : France Télévisions Distribution
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