
L'enfer, c'est ici
"-Odile ?
- Non je suis le pape et j'attends ma sœur.
- ben, on attend pas votre sœur?"
La célèbre tirade de "La cité de la peur" relate mes pérégrinations cannoises et surtout le terme clef du moment : L'ATTENTE, l'interminable attente. Quand on n'attend pas un film, on attend quelqu'un, on attend des invitations, on attend demain, on attend de voir... Tout est question de patience.
Cannes, ses palmiers, ses paillettes et ses tapis rouges. Mais se joue, loin de la carte postale glamour ,la plus terrible des attentes, celle des files interminables infligées avant chaque film. Car lorsqu'on est mal badgé, Cannes relève du parcours du combattant ! Et en tant que novice il m'a fallu assimiler très vite les rouages de la machine cannoise. Femmes enceintes, seniors, professionnels du cinema ou cinéphiles, nous sommes tous logés à la même enseigne. Seuls les badges presse, prioritaires sur les autres ont l'assurance de rentrer dans la salle. Pour les autres, c'est 1h30 d'attente minimum pour chaque film.
Autant dire que dès que l'on sort de la salle, il faut se précipiter pour attraper la séance suivante et c'est reparti pour un tour! De quoi nous laisser le temps de réfléchir sur l'idéalisme transcedantal de Kant ou sur ce qu'on va manger ce soir tout en restant aux aguets car nous ne sommes pas à l'abri d'une gruge plus ou moins bien menée. Le célèbre " je rejoins ma copine devant" est un classique devant lequel il nous faut pas s'attendrir. Une personne qui passe devant c'est une place disponible en moins. Sans compter les jolies grand-mères pomponnées pour l'occasion qui n'hésitent pas à jouer des coudes et nous coller aux baskets pour tenter de doubler dès la moindre seconde d'inattention. Rester en alerte c'est la règle d'or.
Ici, tout est question de bon timing. Et surtout pour les séances des films en compétition qui deviennent très vite un calvaire. Deux solutions : avoir un bon contact (merci David Dan...) qui vous décrochera à la dernière minute le sésame tant espéré ou faire le pied de grue devant le palais avec votre plus beau sourire et une jolie pancarte avec une formule d'accroche dont la plus mythique reste " j'offre ma virginité contre une invitation". Tout se monnaye à Cannes !
L'avantage de ces files d'attente c'est que cela laisse de bonnes occasions de papoter du dernier Gus van Sant avec son voisin, parfaire son bronzage ou tenter d'apercevoir la sous-prefette ...
Clémence Besset
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