
C’est en poussant les portes d’un modeste cinéma de province qui ne passait que des films en version française que je découvris le nom de Zack Snyder. Le film s’appelait l’Armée des morts, remake de Zombie de George Romero, surfant sur la vague des films d’horreur qui s’imposèrent lors de la présidence Bush aux Etats-Unis. Sous les oripeaux du film de série, l’Armée des morts se distinguait dés la première séquence par un réel talent de mise en scène, énergique et plus subtil qu’il n’y paraissait et surtout le choix singulier d’une héroïne petite et fragile, Sarah Polley, déjà vue dans les films d’auteur d’Atom Egoyan et d’Isabel Coixet, pour mater les escadrons de morts-vivants. Mais qui était donc ce Zack Snyder pour oser un tel choix?

Zack Snyder, né aux Etats-Unis, à Green Bay (Oregon) en 1966, s’est surtout fait remarquer comme l’un des meilleurs réalisateurs de publicité de son époque, travaillant pour les plus grandes marques (Nike, Reebok, Audi, etc.). Son coup d’essai en tant que cinéaste, L’Armée des morts (2004), fut un coup de maître, lui permettant de déployer son sens de la narration et ses qualités graphiques et de remporter son billet pour Hollywood. Surfant à nouveau sur la vague du péplum lancée par Gladiator, il mit ensuite en scène 300, film de guerre historique sur la bataille des Thermopyles opposant Perses et Spartiates, où il manifesta toute la puissance de son sens visuel, utilisant au mieux les images de synthèse pour adapter le roman graphique de Frank Miller, l’auteur de Sin City. Bien plus que l’aspect esthétique, ce fut la dimension politique qui fut attaquée, certains critiques s’en prenant au fascisme supposé du film et oubliant qu’il ne s’agissait que d’une adaptation de bande dessinée. D’autres trouvèrent que le rapprochement entre le dénigrement physique des Perses et la critique politique de l’Iran s’avérait une coïncidence pour le moins fâcheuse.

D’un comic à l’autre: Snyder choisit après 300 d’adapter en 2007 un autre roman graphique, écrit par Alan Moore et décrivant une réalité parallèle uchronique, Watchmen. Le film, très ambitieux et plutôt long pour un film de divertissement (2h43), déçut au box-office en raison de son caractère inégal. Néanmoins il comporte des moments magiques comme tous les passages concernant Rorschach (l’excellent Jackie Earle Haley) ou le tandem Sphinx soyeux/ Hibou. Doté d’une fabuleuse bande-son pop-rock (Dylan, Cohen, Hendrix), Watchmen pèche en fait surtout par une fidélité excessive au roman graphique de référence qui aurait dû être simplifié.
En 2010, Zack Snyder s’essaie au film d’animation avec le Royaume de Ga’Hoole: la Légende des gardiens, avec un succès très relatif. Pour l’instant, il n’a tourné que des films de genre et/ou des adaptations, et n’a donc mis en valeur aucune véritable thématique personnelle, même s’il est unanimement reconnu comme un technicien hors pair et un excellent « storyteller ». Il est par conséquent très attendu pour la sortie le 30 mars 2011 de Sucker Punch, son premier scénario original, où il utilise une distribution essentiellement féminine et très hétérogène (Vanessa Hudgens de High school musical, côtoyant Abbie Cornish, échappée de Bright Star), renouant avec son appétence pour les frêles héroïnes féminines en butte à un environnement hostile, ici, un asile psychiatrique dont-elles s‘évadent virtuellement pour rejoindre un monde imaginaire. Son prochain projet, sous l’égide des frères Nolan, Superman: Man of steel, prévu pour Noël 2012, est destiné à relancer la franchise en cas de succès. Zack Snyder, simple faiseur ou vrai artiste? L’avenir le dira.
David Speranski
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